Après ses débuts de satiriste incisif et de poète sulfureux, qui lui valent de voir ses écrits condamnés et mis au bûcher, John Marston (1576-1634) se tourne vers le théâtre. Le diptyque que le jeune dramaturge écrit dans les années 1599-1600, Antonio et Mellida et La Vengeance d’Antonio, est joué dans le cloître de la cathédrale Saint-Paul à Londres par « The Children of Paul’s », une troupe de jeunes garçons, ou boy-actors, qui faisait concurrence aux troupes d’adultes se produisant dans les théâtres publics.
Avec ce diptyque, John Marston revisite résolument les genres de la comédie romantique et de la tragédie de vengeance : il joue avec les codes dramatiques, questionne l’héritage de Sénèque et de Thomas Kyd, apporte sa touche satirique et crée un dialogue nouveau avec un autre grand dramaturge de son temps, William Shakespeare. L’audacieuse hybridité de ces deux pièces, riches de jeux intertextuels, est palpable tant sur le plan générique que linguistique, car John Marston, intrépide et friand de néologismes, invente une langue percutante qui lui est propre – et qui ne manque pas de lancer un défi à tout traducteur.
En mettant en regard Antonio et Mellida et La Vengeance d’Antonio dans une version française inédite et accompagnées d’une introduction critique, cet ouvrage permet de faire découvrir au lectorat francophone la remarquable qualité expérimentale du théâtre de John Marston, propice à de nouvelles explorations scéniques.