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Coriolan

Coriolan

Coriolan

1

Tragedie.
Par Alexandre Hardy,
Parisien.

1

Tragedy.
By Alexandre Hardy,
Parisian.

Argument

Argument

2

Trois mots abregeront ce sujet si bien traitté et déduit en toutes ses particularitez par Plutarque, en la vie de ce grand Personnage, que j’y renvoiray librement puiser le Lecteur, comme à sa vraye source ; et suffira de dire, que Coriolan apres plusieurs signalez services rendus à sa patrie, est en fin contraint de ceder à l’envie du peuple Romain, qui sur des crimes supposez le condamne à un exil perpetuel. Injure tellement sensible et incompatible à ce grand courage, qu’il se resoût à la vengeance, à tel prix que ce fût. Se retire à ce dessein vers Amfidie, Capitaine de la Communauté1 des Volsques, nation puissante, et capitale ennemie des Romains, qui leur avoient soustrait beaucoup de villes. Amfidie le reçoit avec toute sorte de courtoisie, le fait élire en pleine assemblée leur Capitaine general contre les Romains, qu’avec une puissante armée il reduit à se defendre dans la ville de Rome assiegée de toutes parts. Les Romains apres quelque resistance, combatus de famine, et de dissensions au dedans, comme d’ennemis par dehors, deputent vers Coriolan Ambassadeurs sur Ambassadeurs ; Mais sa haine irreconciliable leur propose des conditions de paix tant iniques, honteuses, et hors d’apparence, qu’eux retournez sans rien faire, on luy renvoye les Prestres en pompe solemnelle, afin que la pieté l’émût à plus de commisération vers sa miserable patrie, de laquelle son exil avoit emporté la bonne fortune ; labeur infructueux en son endroit, comme de celui qui ne respiroit que la totale destruction des siens. En ce commun desespoir, à la persuasion et du seul mouvement de Valerie, vertueuse Dame Romaine, de la race de Publicole2, sa mere, sa femme et ses enfans l’allerent trouver en son camp, si bien que leurs prieres porterent coup, et que l’instinct naturel ayant prévalu sur ceste inflexible constance, il fait lever le siege aux Volsques, qui le tuerent au retour, à la suscitation d’Amfidie, son Corival3 de gloire, comme traistre à leur communauté, et qui pouvant prendre Rome, en avoit fuy l’occasion pour gratifier à une mere. Peu de sujets se trouveront dans l’histoire Romaine qui soient plus dignes du Theatre que cestuy-cy.

2

Three words will summarize this subject, so well treated and set forth in all its particulars by Plutarch in the life of this great personage, which I would unhesitatingly recommend the reader to consult as its true source. And it will suffice to say that Coriolan, after many notable services rendered to his country, is finally constrained to yield to the envy of the Roman people, who, for supposed crimes, condemn him to perpetual exile. The injury is so keenly felt and so incompatible with his great spirit that he resolves on vengeance at whatever cost. With this design he resorts to Amfidie, the military leader of the Volscian people, a strong nation and the chief enemy of the Romans, who had taken many towns from them. Amfidie receives him with the utmost courtesy, has him in full assembly elected their field commander against the Romans, whom, with a strong arm, he reduces to defending themselves in the city of Rome, under siege from all sides. The Romans, after some resistance, and assaulted by famine and by dissensions within, as by enemies from without, send to him one ambassador after another. But his irreconcilable hatred leads him to propose to them conditions of peace so unequal, shameful, and impossible to imagine that, when they return unsuccessfully, the priests are dispatched in solemn pomp, so that piety might move him with greater pity for his wretched country, from which his exile had removed good fortune. But this was fruitless effort as far as he was concerned, for he seemed to live and breathe only for the total destruction of his own people. In the midst of the general despair, at the persuasion and sole initiative of Valerie, a virtuous Roman lady of the race of Publicola, his mother, his wife, and his children went to seek him out in his camp, to such an effect that their prayers struck home, and that, natural instinct having prevailed over that inflexible constancy, he caused the siege to be raised by the Volsciens. The latter killed him at his return at the instigation of Amfidie, his rival for glory, as a traitor to their nation and one who, when he could have taken Rome, forfeited the occasion to gratify a mother. Few subjects will be found in Roman history more worthy of the theatre than this one.

Les acteurs4

Characters1

3

Coriolan.
Volomnie,5
Les Ædiles,
Licinie,6
Chœur de Romains,7
Le Senat,
Amfidie,8
Page,
Ambassadeurs,
Conseil des Volsques,
Valerie,
Troupe de Dames Romaines,
Verginie,9
Chœur de Volsques,
Messager.

3

Coriolan,
Volomnie,
Ædiles,
Licinie,
Chorus of Romans,
The Senate,
Amfidie,
Page,
Ambassadors,
Council of the Volscians,
Valerie,
Troupe of Roman Women,
Verginie,
Chorus of Volscians,
Messenger.

Coriolan,
Tragedie

Coriolan,
Tragedy

Acte I

Act I

Scene I10
Scene I
4

Coriolan,
Volomnie.

4

Coriolan,
Volomnie.

Coriolan
Sil est vray, Jupiter, que ta dextre équitable
Soit aux actes meschans severe, et redoutable,
Si tu portes un foudre à vanger les mesfaits,
Par une tourbe11 ingrate à l’innocence faits,
5
Et si des vertueux tu pris onc la querelle,
Ne puniras-tu point l’audace criminelle ?12
L’irreparable tort, l’affront, l’énorme affront,
Qui me demeure empreint au cœur, et sur le front.
Ceux que j’ay preservez au peril de ma vie,
10
Un amas revolté de commune13 asservie,
Un limon de la terre, une confusion,
Que la licence anime à la rebellion,
A qui j’ay commandé, conducteur des armées,
Qui sçait par l’univers mes victoires semées,
15
Qui ne tient que de moy sa paisible grandeur ;
Conjure mon trépas d’une animeuse ardeur,
Ose m’injurier d’effect et de paroles,
Sans respect de ce nom, qu’aux murs de [Corioles]14
Ma vaillance s’acquit, lors qu’en un mesme jour
20
Ceste ville forcée, au camp je fis retour,
Au camp, qui separé de la ville assiegée
Devançoit son secours en bataille rangée,
Où ma dextre invincible aux fatigues de Mars
Ne voulut point tenter de vulgaires hazards15,
25
Ains du Consul obtint la charge de combatre.
Celuy qui pensoit mieux sa victoire debatre,
L’[Antiate]16 vaillant qu’elle rompit soudain,
Arrachant du trépas un Citoyen Romain
En presence de tous, qui ravis de merveille
30
Jugerent ma vaillance à l’heure nompareille,
Me virent hors d’haleine, et de playes couvert,
Tant d’ennemis domptez, tant de travail souffert
Poursuivre neantmoins leur flotte déconfite,
Qu’une coüarde peur dispersoit à la fuite,
35
Pousuivre ainsi que fait le Toreau furieux,
Dans un pâtis17 herbu son rival malheureux18 ;
Tel je me comportay, n’affectant que la gloire
D’un salaire public, par ma vertu notoire,
Plus content de me voir le chef environné
40
De l’arbre de Dodone aux Oracles donné19,
D’ouir chanter mon los20 par la bouche commune,
Que des tresors enclos sous le rond de la Lune,
Plus content d’apporter à ma mere vaincœur,
Une joye muette, une liesse au cœur,
45
Recevoir sa loüange, et sa douce embrassée,
Qu’avare m’enrichir d’une proye entassée.
Mais que m’aura servy tout ce sang espanché ?
Pourquoy d’un vain honneur fus-je tant alleché ?
Le Serpent de l’envie a de là pris naissance,
50
Et de mon los croissant receu son accroissance,
L’envie m’a depuis la haine suscité
D’une commune oisive, en nostre grand’Cité ;
Haine jusqu’à ce poinct d’insolence venuë,
Que n’ayant le Senat sa rage contenuë,
55
A la mort condamné sans forme de procés,
Tout espoir m’estoit clos, de repousser l’excés,
Du roc Tarpeïan21 ma teste precipite,
Contentoit sa fureur carnassiere et dépite22 ;
Voire encores il faut derechef m’exposer
60
Aux mensonges brassez qu’il voudra proposer,
Il me convient subir. Moy d’une telle race,
L’examen des Tribuns, de ceste populace
Son jugement attendre ? Ô Cieux ! à ce penser
Je rougis, je me deusse en la presse élancer23,
65
Mourant l’espée au poing, en homme magnanime,
Et lavant de son sang un si coulpable crime.
Asseure, asseure-toy hydre cent fois testu24,
Vaisseau toûjours d’un vent d’inconstance batu25
Que comme je le voy franc de la Calomnie26,
70
L’injure ne sera longuement impunie.
Ton pouvoir usurpé je reduiray si bas,
Qu’il ne surviendra plus entre nous de debats,
Que j’esteindray du tout ta rage furieuse ;
Mais ma mere me vient accoster soucieuse27.
Coriolan
If truly, Jupiter, your punishing right hand
Deals dreadful justice no wrongdoer can withstand,
If lightning-bolts you wield to avenge the offence
A mob of ingrates commits against innocence,
5
If always in quarrels you take the righteous part,
Will you not punish the criminal boldness, upstart
Insolence, the gross and irreparable wrong
Whose imprint on my heart and brow is still so strong?
Those that I preserved at the peril of my life,
10
A revolted rabble of plebeian slaves, rife
With rebellion, the scum of the earth, which profusion
Of liberty provokes to propagate confusion –
Those who have served in armies under my command,
Who know my victories dispersed in every land,
15
Who thanks to me alone dwell in grandeur and peace,
With ardent hostility conspire my decease,
Dare with words and with deeds to do me injuries,
Slight that name which at the walls of Corioles
My valour gained for itself, when all in one day,
20
That town subdued, back to the camp I made my way,
Which, from the city under siege a certain distance,
Prepared to offer the relieving force resistance.
There my right hand, unflagging in the acts of Mars,
Could not be content to venture on common jars,
25
Obtained the Consul's order to take on in the fight
The one who had best hope of countering its might,
Antium's brave warrior – whom that hand struck home,
Thus rescuing from death a citizen of Rome
In the sight of all, who, enraptured by the marvel,
30
Judged at that moment that my valour had no equal,
Saw me out of breath, with my bloody wounds all stained,
So many foes defeated, with such travail pained,
Pursuing nonetheless their army in full flight,
A human flood dispersed by a cowardly fright,
35
Pursuing as does the furious charging bull
In a grassy pasture his unfortunate rival;
So did I perform, seeking the glory alone
Of public recognition, for my virtue known,
More content to see my garlanded head surrounded
40
With leaves of Dodona, where Oracles abounded,2
My praises, chanted by the common mouth, to hear,
Than with treasures confined beneath the lunar sphere,
More content to bring my mother in victory
An unspoken joy, my heart exulting within me,
45
To receive her praise, in her sweet embrace sustained,
Than to enrich my greed with heaps by pillage gained.
But what good have I gleaned from all the blood I shed?
Why by an honour now proved vain was I so led?
That was where the serpent of Envy took its birth,
50
And as my glory increased, so it grew in girth.
Envy has since incited against me the hate
Of the idle commons in our city called "great" –
Hate that has carried to this point of insolence:
But that the Senate rendered their rage less intense,
55
Condemned to death with no formality of trial,
All hopes of curbing their excess met with denial,
My head from the Tarpeian rock precipitated
Would have slaked their fury bloodthirsty and frustrated.
Yes, and one more time again I must be exposed
60
To whatever concocted lies may be imposed:
I must deign to answer – I, come of such a race –
Before the Tribunes and a populace so base,
Abiding its judgement: O you heavens! I blush
At the thought!3 I should have hurtled into the crush,
65
Dying with my sword in hand, magnanimously,
Purging with its blood such crass criminality.
Be sure, you hydra with the hundred heads, be sure,
Vessel that changing winds blow in endless detour,
That as I see it – this is no slanderous wrong – 4
70
The insult will not remain unpunished for long.
Your potency usurped I will render so slight
That nevermore between us will be any fight,
And I shall wholly extinguish your raging madness –
But my mother comes to meet me in anxious sadness.5
Volomnie
75
Voicy le jour fatal qui te donne (mon fils)
Par une humilité tes hayneurs deconfits,
Tu vaincras endurant, la fiere ingratitude,
Et le rancœur malin de ceste multitude.
Tu charmes son courroux d’une submission ;
80
Helas ! ne vueille donc croire à ta passion28.
Cede pour un moment, et la voilà contente,
Et tu accoiseras29 une horrible tourmente,
Qui Rome divisée ébranle à ton sujet :
La pieté ne peut avoir plus bel objet,
85
Et mieux paroistre à l’endroit d’une mere,
A l’endroit du païs, qu’escoutant ma priere.
Volomnie
75
This is the fateful day that will grant you, my son,
Your enemies by your humility undone:
You shall crush, by bearing, the fierce ingratitude
And the malignant rancour of that multitude;
You charm its angry rage the instant you give way.
80
Alas! Do not, therefore, let your passion hold sway.
Yield but for a moment, and they will be content,
And so you will pacify a horrible torment
Causing divided Rome to tremble in your name:
Piety could not have any worthier aim
85
Or be shown, towards a mother, more becomingly –
Or towards the country – than in heeding my plea.
Coriolan
Madame, on me verroit mille morts endurer,
Plustôt que suppliant sa grace procurer,
Plustôt qu’un peuple vil à bon tiltre se vante
90
D’avoir en mon courage imprimé l’épouvante,
Que ceux qui me devroient recognoistre seigneur,
Se prévallent sur moy du plus petit honneur ;
Moy, fléchir le genoüil devant une commune ?30
Non, je ne le veux faire, et ne crains sa rancune.
Coriolan
Madam, a thousand deaths you will see me endure
Rather than supplicate its pardon to procure,
Rather than give a vile people reason to vaunt
90
That by imprinting fear my spirit they could daunt,
That those who as their lord ought to acknowledge me
Should prevail in honour to the smallest degree;
What, me go before the commons on bended knee!
No, I will not do it, and I fear not their fury.
Volomnie
95
Si est-ce qu’accusé tu respons devant luy.
Volomnie
95
Yet you are accused – before them you must respond.
Coriolan
J’ay pour moy l’innocence, et le Senat d’appuy.
Coriolan
My innocence is for me, the Senate my bond.
Volomnie
”L’innocence souvent cede à la calomnie,
Ces Tribuns t’ont rendu suspect de tyrannie,
Crime de qui tant le nom entre tous les humains31
100
Fut, et sera toûjours execrable aux Romains,
Capable d’opprimer, sans forme de justice,
Quiconque du soupçon se trouvera complice.
Volomnie
Innocence often yields when faced with calumny.6
These Tribunes made you suspected of tyranny,
A crime whose mere name in each and every nation
100
Was, and always in Rome will be, abomination –
Capable of killing, all forms of law aside,
Anyone at all with such foul suspicion dyed.
Coriolan
Le soupçon volontaire aisé de refuter,
Detriment quel qu’il soit ne me peut apporter.
Coriolan
Willful suspicion – to refute it will be easy;
No detriment whatever can such slander do me.
Volomnie
105
Pourveu qu’humilié, je ne fais point de doute,
Qu’absous patiemment le peuple ne t’escoute.
Volomnie
105
If only you humble yourself, I do not doubt
Your peaceful discharge: the people will hear you out.
Coriolan
Il n’aviendra jamais que mon humilité
Augmente son credit, et sa temerité.
Coriolan
It shall never happen that my humility
Shall increase their credit, and their temerity.
Volomnie
Ô pauvre Volomnie ! ô mere infortunée !
110
Tu te vois le mépris de ta race obstinée,
Ton conseil, tes raisons, tes prieres, tes pleurs
Ne peuvent amortir ces colleres32 chaleurs,
Ny retirer son chef d’une orageuse nuë,
Dont tu luy fais de loin decouvrir la venuë ;33
115
Derechef, mon enfant, mon unique support,
Par les Manes sacrez de ton geniteur mort,
Par ces mains que j’enlasse en ta face guerriere,
Par une pieté qui te fut familiere
Par ces cheveux grisons, ces mamelles qui t’ont
120
Autrefois allaité, par ce soucy profond,
Qui devore pour toy mon ame timidée,
Refrene en ce peril ton ire débordée34,
Laisse-toy pitoyable à ma plainte flechir,
Laisse moy ton esquif à ce gouffre gauchir35,
125
Examine à part toy mon avis salutaire.
Repense que l’orgueil demeure solitaire,
Qui loin de toy qui vis parmy ce peuple franc,
(Aucunesfois vn Roy démarche de son rang,36)
Ploye à la volonté de celuy qui domine,
130
Ses forfaits dissimule37, et prudent ne s’obstine,
” La patience vainc, elle surmonte tout,
” Rien n’est si mal-aise qu’elle n’en vienne à bout.
Témoigne encore un poinct des plus considerable,
Quand ce païs jouyt d’une paix desirable ;
135
Les hommes comme toy sont les plus negligez,
Les plus d’une Commune insolente outragez ;
Elle use de ses chefs ainsi que du Platane,
Que par un temps serein le voyageur profane,
Ebranche ses rameaux, regretables alors
140
Qu’un nuage vangeur luy mouïlle tout le corps :
De méme nous voyons à sec sur le rivage
Un vaisseau dépecé par l’injure de l’âge,
Où le Marchant ingrat a depouïllé cent fois
Les avares tresors de l’un et l’autre Indois38,
145
Qui bâtit sa fortune, et preserva sa vie,
Tels, tels sont les effects journaliers de l’envie,
Exemplaires à toy, pour plier adoucy,
Pour te tirer de peine, et m’oster de soucy.
Volomnie
Wretched Volomnie! O mother unfortunate!
110
You see yourself disdained, your offspring obstinate.
Your counsel, your reasons, your prayers, your tears' full flood
Cannot moderate these hot outbursts of his blood,
Nor bring him from that storm-cloud to withdraw his head
Which from afar you show him beginning to spread.
115
Yet again, my child, as my only comfort cherished,
By the sacred spirit of your father long-perished,
By these hands that embrace your warlike countenance,
By piety, once yours in any circumstance,
By these grey hairs, these breasts which in your infancy
120
Once nourished you, by this profound anxiety
Which for your sake devours my fear-stricken soul,
In this danger keep your anger under control;
Out of pure pity let my appeal overrule,
Let me turn your frail barque away from this whirlpool.
125
Consider my salutary words in your heart;
Reflect that pride ever dwells alone and apart,
That in regions far from this people who are free,
Sometimes a king will swerve from rigid monarchy,7
Yields to the will of one who holds the upper hand,
130
Hides his losses and, prudent, fails to reprimand.
Patience prevails – it overcomes everywhere;
No road so arduous that patience falters there.
Here is another point worthy consideration:
With the peace it desires enjoyed by our nation,
135
Men such as you are bound to be the most neglected,
Most wronged by plebeians with insolence infected.
Their leaders are treated as the plane-tree is used –
In tranquil weather by the traveller abused,
Who strips its foliage, which is later regretted
140
When by a vengeful cloud he is thoroughly wetted.
Just so we see cast high and dry upon the shore
A ship the ravages of time in pieces tore,
Which the thankless merchant has often dispossessed
Of the Indies' coveted treasures, East and West,
145
A ship that built his fortune, kept his life in safety.
Such, even such, are the daily effects of envy,
Examples to make you yield with a softened air,
Withdraw yourself from trouble and free me from care.
Coriolan
Madame, je feray, (l’honneur sauf) toute chose.
Coriolan
Madam, my honour safe, I will do anything.
Volomnie
150
Escoutons, car quelqu’un a la porte déclose,
Bons Dieux ! c’est un Edil. Ha ! que mes sens troublez.
Volomnie
150
Listen, there's someone at the door, it's opening . . .
Gods! An Aedile! My senses have never so trembled.
Scene II39
Scene II
5

Edil,
Coriolan,
Volomnie,
Licinie,
Chœur des Romains,
Le Senat.

5

Aedile,
Coriolan,
Volomnie,
Licinie,
Chorus of Romans,
The Senate

Edil
Le Senat, les Tribuns, et le peuple assemblez
Te mandent, resolus de vuider ton affaire,
Donc à leur mandement d’obeir ne differe.
Aedile
The Senate, the Tribunes, and the people assembled
Summon you, resolved to settle your case at once;
Therefore do not delay in obeying their summons.
Coriolan
155
Allons, puis que le cours d’un inique destin
Nous sousmet au pouvoir de cest hydre mutin,
Allons verifier sa perverse imposture,
Et les Dieux attester contre luy de l’injure.
Coriolan
155
Let us go, since the course of unjust destiny
Hands us over to that hydra of mutiny;
Let us go put its gross imposture to the test
And call on the gods the injury to attest.
Volomnie
Jupiter ! protecteur de nostre nation
160
Pren mon fils, je te prie, en ta protection,
Inspire son courage, et remets en concorde
Ce païs divisé, par ta misericorde.
Volomnie
Jupiter! Divine protector of our whole nation,
160
May you protect my son – that is my supplication:
Inspire his heart8 and restore to harmony
This country divided, by your pitiful mercy.
Licinie
Afin de te purger des crimes imputez,
Crimes contre le bien du public attentez,
165
Le peuple de par moy (son Tribun) te commande,
Suivant le jour nommé respondre à ma demande.
Pourquoy premierement, as-tu dissuadé
Au reste du Senat, le present accordé
Des bleds Siciliens, la donnée en partie,
170
L’autre en un prix d’argent licité convertie40,
Recompense trop deuë à nos pauvres bourgeois,
Apres tant de fatigues, et de braves exploits41,
Apres avoir porté le faix de mainte guerre,
Ne retournant chargez que de coups en leur terre,
175
Tu ne peux la nier ? une meschanceté
Extréme d’injustice, et plus d’impieté,
Tu ne peux la nier, que ton ame rebourse42
Aux fureurs d’Enyon n’ayt débondé la course43.
Qu’ainsi perturbateur du publique repos,
180
Une sedition semant hors de propos,
Tu n’aye merité la peine capitale ;
Outre nous cognoissons ton humeur déloyale,
Briguer la tyrannie, ardemment l’affecter,
Que le frein de nos loix ne sçavoit arrester,
185
Qui du peuple (ennemy) affoiblit sa puissance,
Desirant le courber sous ton obeïssance,44
Superbe en tes façons, difficile d’abord,
Pour ces cas je conclus devant tous à la mort.
Si (comme il est à croire) aux charges proposées
190
Tes defenses ne sont vallables opposées,
Licinie
That you may purge yourself of crimes laid to your charge,
Attempted crimes against the commonwealth at large,
165
The people by me, their Tribune, command that you
Respond to my question; the answer is now due.
For what reason, in the first place, have you prevented
That to which the rest of the Senate had consented
For the Sicilian wheat donation: the free
170
Gift of part, the remainder sold reasonably9
A recompense our needy citizens have earned
Long since for brave and tiring feats, who, now returned
To their lands, the burdens borne of many campaigns,
Bear nothing more than blows to pay them for their pains.
175
Can you deny it – that brutal enormity
Of injustice, greater still of impiety?
Can you deny it that your soul, replete with hate,
Of the furies of Enyo10 has broached the floodgate –
That being thus a troubler of the public peace,
180
Fomenting sedition when all conflict should cease,
You have well merited capital punishment?
Besides which, we know your treacherous thirst and bent
For tyranny, your ardent striving for that goal,
Which our laws' restraint was unable to control,
185
Which, the people's enemy, weakens their position,
Purports to bring about their absolute submission
To you, so haughty that addressing you wastes breath;
For these reasons I am the first to vote for death,
If to the charges levelled, as one may suppose,
190
Inadequate are the defences you oppose.
Coriolan
Bien qu’à juste raison je me serois vangé,
D’un office mauvais en un autre [eschangé],45
Moy, que l’ingrat refus d’une voix populaire,
Frustra honteusement de l’honneur Consulaire,
195
Moy, qui ne peux flechir un courage malin,
Pour luy monstrer ce corps de cicatrices plein,
Pour luy rememorer en combien de batailles,
J’ay les camps ennemis comblez de funerailles.
Invincible agrandy la Romaine grandeur,
200
Muny d’experience, et suivy de bon-heur ;
Repoussé, neantmoins ce ne fut par vindicte,
Que je dissuaday la donnée Interdicte,
Ains de peur seulement, qu’un vulgaire flaté
Ne poussât plus avant son orgueil dilaté ;
205
En loy ne convertit une coûtume prise
De forcer le Senat, à ce dont il avise :
Quant au crime dernier de l’Empire affecté,
Si jamais telle peste a mon ame infecté,
Si on le peut prouver contre mon innocence,
210
Prenne sur moy le peuple une entiere vengeance,
Qu’il ne m’espargne point aux plus sensibles morts,
Qu’on brûle, qu’on tenaille, qu’on démembre mon corps ;
Vous le sçavez grands Dieux ! Spectateurs des pensées,
Mais, qui ne cognoistroit ses embûches dressées,
215
Loing de toute apparence, et loing de verité ?46
Par vous autres flambeaux du commun irrité47.
Coriolan
Although I might seek revenge, being so aggrieved,
And so return an injury for one received,
I, refused the people's voice – ungrateful refusal
That shamefully denied me the honour of Consul –
195
I, who cannot bring myself with cunning intent
To show them this scarred body, that they may relent,
To cause them to remember in how many battles
I made camps of foes overflow with funerals.
Invincible, more grandeur on Rome I bestowed,
200
Enriched with experience, by good fortune followed.
Though rejected, yet no motive of spite provoked
My argument against the subsidy revoked,
But only fear that, treated so generously,
The vulgar should swell their arrogance monstrously
205
And make a rule of the custom thus acquired
Of forcing the Senate to do what they desired.
As for the last crime cited of affecting power,
If that plague has tainted my soul at any hour,
If it can be proven against my innocence,
210
Let the people's vengeance be extreme and intense,
Let them destroy my body, no agony sparing,
Torment me with dismemberment, burning and tearing.
You know it, great Gods, spectators of human thought –
But, then, no surprise to find such ambushes wrought,
215
Against all appearance and far from verity,
By you, fire-brands of the commons' mutiny!
Licinie
Tu ne sçaurois nier, chose que tu debates,
Que du butin gaigné dessus les Antiates,
Distributeur inique, œconome indiscret,
220
De ton mouvement propre, et selon ton decret,
Ceux qui estoient restez gardiens de la ville,
Qui pendant cest exploit [vaquoient] au plus utile,
N’ayent été frustrez de leur part neantmoins,
Crime, verifié par infinis tesmoins.
225
Presens à ton malheur, prests à prendre vengeance,
Ou de ta tyrannie, ou de ta negligence,
Licinie
This you cannot disprove, deny it as you please,
That of the booty won from the Antietes,
By unfair distribution, partiality,
220
On your own initiative, and by your decree,
Those who remained behind to guard the town for you,
Whose heedful services were hardly without value,
Have nevertheless been cheated out of their share,
A crime to which infinite witnesses will swear,
225
Who here – the worse for you – seek vengeance in this presence
If not for tyranny, at least for negligence.
Coriolan
Ô perverse imposture ! ô meschant ! ô meschant !
Jusques où allez-vous ma ruine cherchant ?
Dequoy vous souvient-il ? et quelle perfidie
230
Fut oncques plus maudite, et plus damnable ourdie ?
Faussaires, vous m’aviez promis auparavant,
De ne me rechercher, ny m’aller poursuivant
Ce nom de tyrannie, et ores infidelles
Vous me chargez surpris d’impostures nouvelles.
235
Je t’atteste Quirin48, et toy mon geniteur ;
Toy Mars, que j’ay tousjours reclamé protecteur ;
Je vous atteste aussi, ô troupe avantureuse !
Qu’enrichit le hazard de ma conduite heureuse.
Vous genereuse fleur de l’Empire Latin49,
240
Plutost digne du Ciel, que d’un pareil butin,
Voyez, voyez comment vostre chef on outrage,
Et comment la vertu procure mon dommage,
Voyez qu’on vous prefere un repos cazanier,
Que l’on vous veut à tort un salaire nier,
245
Acquis l’espée au poing, vostre vie exposée,
Considerez d’un rapt ma justice accusée,
Ne departant qu’à vous qui suivistes mes pas,
La proye des vaincus envoyez au trépas.
Ha ! ce nombre excessif vous glace la parole,
250
Ma priere envers vous, et ma plainte est frivole
Coriolan
O perverse deception! Wicked malignity!
How far will you go in your effort to destroy me?
Whatever do you have in your heads? And what blot
230
Upon faith was ever more cursed, what fouler plot?
Purveyors of falsehood, you had given your word
Not to pursue me, that never more would be heard
This term of tyranny, and now, those declarations
Dead as your faith, you spring on me new fabrications.
235
I call to witness Quirinus,11 and you, my father;
You, Mars, held my guardian more than any other;
You also I call to witness, O hardy band,
Who graced the risk I took propitiously in hand,
Noble upholders of the mighty Roman sword,
240
Deserving rather heaven than such a ditto,
See, see, how they now hold your leader up to scorn,
How from manly virtue my destruction is born;
See how they prefer you in reclusive repose,
How payment of those wages they wrongly oppose
245
That you acquired sword in hand, your lives laid on the line;
Behold my justice tainted with thievish design
For dispensing only to you who followed me
The spoil of those dispatched in our victory.
Ha! Their mere numbers impose a chill restraint:
250
My plea to you is futile, in vain my complaint.
Le Chœur des Romains
Nostre rogue Lyon commence à s’abaisser,
Gardons-le de pouvoir jamais se redresser,
Que sa submission ne nous touche forcée,
Car aussi bien à nous elle n’est adressée ;
255
Reste de colliger50 les suffrages de tous,
Afin qu’on le condamne, ou qu’on le laisse absous.
Edile dépeschez, par chacune lignée
Allez de l’arrogant querir la destinée.
Chorus of Romans
He begins, our rogue lion, to sink to the ground;
Let's make sure he never has the strength to rebound;
May we be left untouched by his compelled submission,
For equally affected is our own position.
255
It remains that the votes of all should be collected,
So as to condemn him or have his guilt rejected.
Aedile, lose no time, let them tribe by tribe be polled
That the fate of this haughty man may be enrolled.
Le Senat
Lâches souffrirons-nous un cahos dereglé ?
260
Un peuple de fureur, envieux, aveuglé,
Du premier du Senat balancer la fortune ?
Nous lairrons nous en luy fouler en sa rancune ?
Il faut, s’il est besoin, unanimes mourir,
Mourir tous à ses pieds, ou bien le secourir.
The Senate
Shall we be cowards and permit unbridled chaos?
260
Plebeians in a fury, blinded, envious,
To weigh the fortunes of the Senate's champion?
To let ourselves in him be wildly trampled on?
We should, if need be, die together as one man,
All die at his feet – but save him if we can.
Coriolan
265
Chetif Coriolan ! te voilà donc la butte
D’un populaire amas, proche de ta recheute ;
Voilà ta vie en branle, à sa fiere mercy.
O Clothon51 ! que n’as-tu ma fusée accomply ?
Que n’as-tu prévenu en retranchant ma trame,
270
Le sort injurieux de ce second diffame ?
Coriolan
265
Wretched Coriolan! See yourself then the prey
Of the people, apt again to be cast away.
At their untender mercy, see your life in turmoil.
Why have you not yet, O Clotho,12 unwound my coil?
Why did you not prevent, by cutting short my thread,
270
This second calumny, a fate unmerited?
Licinie
Suivant l’ordre ancien, par le recit des loix,
Ta condemnation ne passe que de trois,
Le peuple Romulide52 a moderé ta peine
D’exil perpetuel, sentence trop humaine,
275
Tu seras pour jamais de la ville banny,
Et trouvé dans demain de la teste puny ;
Avise d’obeïr autant comme il t’importe,
A ce que la teneur de la sentence porte.
Licinie
Following ancient prescripts, spelled out legally,
You have been convicted by a margin of three;
The people of Rome have tempered your punishment
To exile for life – a sentence too lenient;
275
Return to Rome is forever prohibited,
And if found here tomorrow, you shall lose your head.
You would be well advised to show obedience,
Conforming your will to the letter of the sentence.
Coriolan
Je luy obeiray, ouy ouy, je mettray soin
280
De quitter ces ingrats plustost qu’ils n’ont besoin,
Coriolan
I will obey it – yes, yes, surely with all speed
280
I'll leave behind these ingrates before they have need.13
Le Chœur des Romains
Va, Va, Monstre orgueilleux, chercher autre demeure,
Trouve un peuple coüard que ta menace espeure53,
Hé ! quel peuple, sinon des obscures forests,
De ceux que tient l’Affrique en ses sables dorez,
285
Que l’Hydaspes54 recelle en ses deserts rivages,
Conviendroit à tes mœurs55 brutalement sauvages ?
Jamais Rome ne vit un plus heureux Soleil
Que celuy qui la doit separer de ton œil ;
Et jamais nous n’avons remporté d’adversaire
290
Plus glorieux trophée, utile, et salutaire.
Chorus of Romans
Go, go, monster of pride, seek a home elsewhere now –
Find some fearful people your threatening can cow.
Yea, what people, except of the dark forest lands,
Or those whom Africa holds on its golden sands,
285
Or whom Hydaspes conceals on its desert shore,
Would suit the brutal savagery of your demeanour?14
Never has Rome witnessed a day of more delight
Than this at hand, which must divide it from your sight;
And never have we brought back from an enemy
290
A trophy more glorious, useful, salutary.
Le Senat
Ha Dieux ! qui l’eust pensé ? l’indulgence nous pert,
Elle a de ce mépris la trace découvert,
Enhardy la commune à l’acte temeraire,
A l’outrage commun qu’elle nous vient de faire ;
295
Desormais, desormais n’y convient esperer,
Que nostre authorité la puisse rembarer.
Desormais nous portons au col la servitude,
Puis que l’on a permis (coüarde ingratitude,)
Le lustre du Senat, sa gloire, son support,
300
S’exiler par un peuple en suffrage plus fort.
The Senate
Ah, gods! Whoever would have thought it? Our indulgence
Has been our downfall, brought to light this insolence,
Spurred the commons to this act of temerity,
The outrage done us all by this last injury.
295
Henceforth, henceforth no point in clinging to the hope
That our authority may serve to curb their scope.
Henceforth we shall wear the collar of servitude
Because we have allowed – O base ingratitude! –
The light of the Senate, its glory, its mainstay,
300
By voting plebeians to be driven away.

Acte II

Act II

Scene I56
Scene I
Coriolan
Devoré de pensers, et outré dedans l’ame,
Un conseil incertain, puis un autre je trame,
Dissous par la fureur qui me boult au cerveau ;
Ainsi que qui voudroit escrire dessus l’eau,
305
Rompre des tourbillons la subite carriere,
Et contraindre le flot de rebrousser arriere.57
Or sus, arrestons nous en un ferme dessein,
A un project qui tienne au sortir de ce sein,
Suffisant de raser l’insolence Romaine,
310
Encor sera-ce peu, luy comparant ma haine,
Ce sera peu de faire un desert funereux58,
Habitacle Eternel des Esprits malheureux,
De rendre (me vangeant) ceste ville superbe,
Un sepulchre couvert et de pierres, et d’herbe,
315
De perdre sans égard l’un et l’autre party.
Telle perte n’est rien, mon outrage assorty59,
Le limon d’un ignoble et vile populace
A eu de m’exiler la puissance et l’audace,
Aux yeux des Senateurs, mon refuge dernier.
320
Refuge mal conçeu, d’un trouppeau cazanier,
Qui ne m’a secouru que de plaintes de femmes,
Qui muet a semblé consentir mon diffame,
”L’amitié se cognoist ès affaires douteux.
Ce n’est pas tant de fondre en des regrets piteux,
325
Plaindre celuy qu’on dit affecter de parolle,
Et souffrir cependant que l’honneur on luy volle,
Qu’on le chasse exilé de son ciel naturel,
L’un seulement est plus, l’autre moins criminel,
Indifferent pourtant à ma cholere éprise.
330
Dieux vangeurs ! inspirez, inspirez l’entreprise ;
Donnez-moy que je puisse à tel prix que ce soit,
”Jamais l’homme vangé de malheur ne reçoit,
Que je puisse embraser une guerre fatale
Aux ennemis enclos dans ma ville natale.
335
Un discord plus cruel que des freres Thebains60,
Qui du sang mutuel empourprerent leurs mains.
Donnez-moy, qu’accablé de sa mesme ruine,
Nous delivrions de peur toute la gent Latine61.
L’équité le demande, il ne faut, il ne faut
340
Qu’un si bas fondement se maintienne si haut,
Que de simples bergers, qui furent nos ancestres,
Foulent en leurs neveux l’orgueil des plus grands maistres62 ;
La violence augure à nos gestes mortels
Une fin precipite, on les remarque tels :
345
Doncques élisez-moy l’instrument de vostre ire,
Que comme il fut éclos j’estouffe leur Empire63 ;
Entre un nombre infiny de voisins belliqueux ;
Les Volsques sont puissans, je ne recognois qu’eux
Capables d’affronter mon ingrate patrie,
350
Ma vaillance conjointe avec leur industrie,
Avec un chef de marque à qui des ennemis
Les principaux secrets jadis furent commis,
En leur ruse versé par mainte experience,
De qui Mars fut l’estude, et la seule science ;
355
Alors certes, alors ne douteray-je point
De ruiner l’Estat de Rome de tout point.
Il est vray que ce peuple a receu quelques pertes,
Mais legeres, peut-estre en un clain recouuertes ;
Pertes, qui luy ont plus de haines redoublé,
360
Qu’emply de desespoir le courage troublé.
Bref, [des] pertes qui n’ont qu’augmenté sa rancune64,
Reservant sa vengeance à une heure oportune,
Telle que je luy porte en me donnant à luy ;
Comment je n’ay rival de gloire que celuy
365
Celuy qui tient le frein de leur grand’ Republique,
Et celuy qu’il convient que premier je pratique,
Un esperon d’honneur cent fois nous a conduits,
Aveugles de fureur, à ces termes reduits
De s’entre-deffier au front de chaque armée,
370
Vouloir mourir, ou seul vaincre de renommée.
Tu t’abuses, son cœur magnanime soudain
Meu de compassion, te prestera la main,
Se laissera plier à ta douce priere,
Usant de la plus saincte et pressente maniere.
375
Je me veux d’une robe incognüe déguiser,
Par laquelle mon dueil soit aisé d’aviser,
Et en tel equipage entrer jusqu’à ces lares65,
Franchise inviolable entre les plus barbares ;
Allons, il ne nous peut rien de pis arriver.
380
”Et en un mal extréme on doit tout esprouver.
Coriolan
Devoured by my thoughts, offended in my soul,
From one plan to another recklessly I roll,
Frustrated by the fury that boils in my brain
Like one who wants water his writing to retain,
305
Arrest the rapid swirl of a whirlpool in motion
Or force the flooding tide to return to the ocean.
Come now, let us settle on a scheme well designed,
A project that will hold in growing from my mind,
One up to bringing down the haughty Roman state,
310
Though that will be a trifle, compared with my hate –
A trifle to create a mournful wilderness,
Where spirits for eternity stray in distress;
Revenged, to make of that town, with pride overblown,
A tomb strewn over with stones, with grass overgrown;
315
Playing no favourites, both its parties to destroy –
Matched with the wrong I've had, that's nothing, a mere toy.
That slime of a populace ignoble and vile
Had the strength and audacity to force my exile
In full view of the Senate, which I thought to keep
320
As my last refuge – wrongly, for those timid sheep
Offered for my rescue mere womanish complaining,
Their silence seeming to accept my honour's staining.
Friendship makes itself known in trying situations:
It is not much to melt in mournful lamentations,
325
With words to pity one supposedly held dear
And at the same time let his honour disappear,
Permit him to be hounded from his native clime:
One is just a greater, the other less a crime;
But they appear no different to my angry eyes:
330
Gods of vengeance, favour, favour my enterprise!
Grant me that I may, whatever the cost to me
– Never does one avenged receive an injury –
Enkindle fatal war, whose flames shall hurtle down
Upon the enemies within my native town –
335
War crueller than the Theban conflict, where each brother
Coloured crimson his hands with the blood of the other.15
Grant me that, since I'm by the same ruin oppressed,
We may free all Latin peoples with fear distressed.16
Equity obliges: it cannot, cannot be
340
That such a base foundation should tower so grandly,
That the simple shepherds who founded our race
In their grandsons spurn the proudest in highest place;
By violence in mortal actions is foretold
An early ending17 – well, theirs clearly fit the mould.
345
Elect me, therefore, the instrument of your ire,
So that, as it was hatched, I may snuff out their empire.
Among infinite nearby states to war inclined,
The Volsces are potent; they alone, to my mind,
Have good hope of confronting my ungrateful country.
350
My valour, backed by their tried assiduity,
A noted leader at their head, one who the foes'
Essential secrets already thoroughly knows,
Being versed in their tricks by long experience,
One for whom Mars has been the study, the sole science;
355
Certainly, then – for I have not the slightest doubt –
I will get the state of Rome utterly wiped out.
True enough, that nation some losses has sustained –
But light ones, such as in a wink may be regained;
Losses that have rather doubled its hostile urge
360
Than overwhelmed with hopelessness a troubled courage –
Losses, in sum, that have only increased its hate,
But meant that revenge for opportunity must wait,
Such as now I offer by my intervention.
But wait now:18 with him alone I am in contention
365
For glory – he who holds their great republic's reins,
And on whom first I am obliged to spend my pains.
A hundred times have we been, by honour induced,
Blind with fury, to the extremity reduced
Of challenging each other in our armies' sight
370
To death or total fame of conquest in the fight.
You are wrong: for his magnanimous spirit, new
Moved with compassion, will hold out the hand to you,
Allow itself to give way to your gentle prayer,
If reverent intensity is brought to bear.
375
I will disguise myself in a garment unknown,
By which the loss I've suffered may be frankly shown,
And in that attire his dwelling19 penetrate;
The most barbarous tribes respect that sacred gate;
But let us proceed, whom nothing worse could betide:
380
In extreme misfortune, everything must be tried.
Scene II66
Scene II
6

Amfidie,
Page.

7

Amphidie,
Page.

Amfidie
Donc à ce que je voy, vous voulez ô Celestes,
Ne borner autrement les Romaines conquestes
Que de la fin du monde, il est jugé des Sœurs67,
Qu’ils soient de l’univers paisibles possesseurs,
385
Que leurs ames tousjours invincibles poussées
Viennent de l’Occident jusqu’aux plages glacées,
Du Levant au Midy, malgré tous les efforts,
Tous les empeschemens de leurs voisins plus forts,
Dont un arrest fatal à leur victoire donne
390
Ceste entiere rondeur que Neptune environne ;
Et vous ne craignez point qu’ils ne veulent apres
Redresser des Titans les monstrueux aprests68,
Qu’eux enfans inconnus avortez de la terre,
Renvoyent jusqu’au Ciel vous dénoncer la guerre,
395
Qu’eux ne trouvant icy qui puisse resister,
Ne veulent de son thrône arracher Jupiter ;
Non, non, vous faites tort à vostre presciance,
De n’entrer là dessus en quelque défiance,
De croire que ce peuple à conquerir ardant,
400
Le monde subjugué n’aille plus pretendant.
Vous-vous faites grand tort, et à nous déplorables,
Qui sommes le butin de ses serfs miserables,
Serfs d’un troupeau brigand, sous Romule amassé,
Qui du sang fraternel souïlla son mur trassé,
405
Establit son Empire avec un parricide69,
Capable de tourner la rouë Ixionnide70.
L’impieux cependant s’est accreu peu à peu,
Comme d’un estincelle on voit croistre vn grand feu ;
Ou comme d’un vent foible un orage s’excite,
410
Qui estonne de peur les hostes d’Amphitrite71.
Accident, sans mentir estrange et merveilleux,
Accident qui ressemble un songe frauduleux72,
Et qui me contraindroit à la parfin de croire
Que du monde regi fortune auroit la gloire,
415
Qu’injuste les grandeurs elle seule depart,
Du meschant, ny du bon ne prenant point d’égard73.
Ha ! ce doute me tuë, et sans cesse me ronge,
En un gouffre d’ennuis et de soucis me plonge,
Je meurs de n’avoir peu rembarer jusqu’icy ;
420
Mais, un des miens accourt, qui te transporte ainsi ?
Amphidie
So, it seems to me, you heavenly gods intend
The conquests of Rome without limit to extend
To the edge of the world; by decree of the Sisters,20
They must be the universe's peaceful possessors;
385
Their arms pushing further, which no one can withstand,
Must range from the west as far as the icy strand,
From the east to the south, despite all opposition,
The hindrance of neighbours in the strongest position;
An edict of destiny has granted their boon
390
To vanquish this whole round of earth circled by Neptune;
And have you no fear that later they may be tempted
To remount the monstrous feats the Titans21 attempted –
That they, the earth's obscure abortive spawn – no more –
May send to you in heaven to declare a war,
395
That they, not meeting with resistance here below,
May seek to deal Jupiter a usurping blow?
No, no, you do your prescience a great disservice
If such a fearful prospect does not make you nervous –
If you dream that that people, for conquest on fire,
400
The world once subjugated, should not then aim higher.
You do yourselves great wrong – and us, abjectly under
The thumb of these wretched slaves, nothing but their plunder:
Slaves born of brigands gathered at Romulus' call –
He who sullied with his brother's blood the wall
405
He built,22 established his rule with a parricide
Worthy of the wheel to which Ixion was tied.23
Yet gradually this impious man gained strength,
As one sees from a spark a great blaze grow at length,
Or as from a breeze a storm blows up fierce and mighty
410
Which strikes with fear the denizens of Amphitrite24
An accident, truth to tell, strange in the extreme,
An accident resembling a deceptive dream,
And which would make me in the end acknowledge
The glory of power as Fortune's privilege,25
415
That unjust marks of greatness she alone distributes,
Regarding neither good nor evil attributes.
Ah, that doubt is killing, to gnaw me never spares,
Plunges me into a gulf of troubles and cares:
That I could not yet stop them feels like my death-blow.26
420
But a servant comes running. What transports you so?
Page
Un estranger coulé dans la maison n’aguere74,
Au deceu de chacun par subtile maniere,
Grave de contenance, et suppliant à voir,
Car de le dechasser on a fait tout devoir,
425
Desire (mon Seigneur) vous parler, et luy-mesme
S’avance me suivant d’une asseurance extréme.
Page
A stranger who entered your house just recently
By sleight, deceiving our vigilance cleverly,
Grave of countenance and with a supplicant's air
(For we have done our utmost to send him elsewhere),
425
Desires, my lord, to speak with you, and reveals
Extreme assurance by following at my heels.
Scene III
Scene III
7

Amfidie,
Coriolan.

8

Amphidie,
Coriolan.

Amfidie
Qui es-tu ? qui t’ameine ? à quelle intention
As-tu de m’aborder trouvé l’invention75
Par une voye oblique, une audace craintive ?
430
Ainsi qu’une ame triste, suppliante, et chetive ; 76
Parle donc librement, ne me déguise rien,
Mon secours est ouvert à tous les gens de bien.
Amfidie
Who are you? What brings you here? What was your intention
In seeking this meeting, contrived with such invention,
So deviously, brazenness with fear combined –
430
As well as with a sad, imploring, downcast mind;27
Speak out freely, then, holding nothing in reserve:
My aid is accessible to those who deserve.
Coriolan
Dessus ceste asseurance à toy je me decelle,
Moy, qui porte le nom d’une haine mortelle
435
Vers les Volsques jadis exercez aux combats,
(Coriolle le sçait) que ma vertu mist bas ;
D’elle je fus nommé, c’est moy-mesme Amfidie,
Que les miens possedez d’ingrate perfidie
Recompensent felons d’un exil vergongneux ;
440
Use donc de l’outrage et le tourne contr’eux.
Reçoy des ennemis une honorable usure,
M’employant à venger nostre commune injure,
A distraire l’orgueil forcené des Romains ;
J’ay le mesme courage, avec les mesmes mains,
445
Le courage, que dis-je ? il est bien d’autre sorte,
Mon esprit plus subtil, et ma dextre plus forte
Animez de rancœur s’immortaliseront,
Plus qu’ils n’ont fait pour eux à l’encontre feront :
Au contraire éconduit par vostre Seigneurie,
450
Je m’offre de bon cœur victime à sa furie,
Et heureux, et content de ne resister plus,
Mes jours du doux espoir d’une vengeance exclus,
Espoir en elle assis qui me faillant en elle,
La vie me rendroit ennuyeuse et cruelle,
455
Me contraindroit d’avoir à ma dextre recours,
Et flechir l’Acheron77, les hommes [m’] estans sourds.78
Coriolan
On that assurance I disclose myself to you:
My name comprises that hate I strove to pursue
435
By killing Volsces on many a battlefield;
Corioles knows it, which my strength forced to yield;
From it I took my name: it is I, Amfidie,
Whom my own people, by ungrateful perfidy
Possessed – traitors! – reward with shameful banishment.
440
Make use, then, of this offence, back upon them bent;
Your foes thus make return with honourable interest:
Use me, to vengeance of our common wrong addressed
And thwarting of Rome's pride, which all restraint withstands;
I have the same spirit, as well as the same hands.
445
Same spirit, did I say? – no, of another kind:
My right hand stronger still, and more subtle my mind;
They, inspired by rancour, will find greater fame
For deeds done against Rome than for those in its name.28
But if by your lordship I am to be refused,
450
Let me as a victim of your fury be used,
Both joyful and content to cease all resistance,
My days thereby severed from the sweet hope of vengeance –
My hope being fixed on it, which, if it should fail,
Would render life to me at once cruel and stale,
455
Obliging me to have recourse to my right hand
And deal with Acheron, since men don't understand.29
Amfidie
Releve ton courage, indompté Capitaine !
La bonne volonté des Volsques t’est certaine,
En leur protection je te plege receu79 :
460
Quant au rancœur jaloux d’une gloire conceu,
Reciproque entre nous chefs de partis contraires,
Des ores80, je [l’abjure], atteint de tes miseres,81
Exemplaires à moy, qui d’un peuple inconstant,
D’un peuple injurieux suis pour souffrir autant.
465
Que donc il sçache en toy, qu’un homme luy peut nuire,
Combien le dejettant est à craindre son ire ;
Qu’il apprenne à garder, et mieux recompenser
Un qui peut sa fortune eslevée abaisser,
Un (je ne feindray point devant toy de le dire)
470
Dont la dextre servoit de nerfs à son Empire,
De bouclier, de rampart, de matiere d’orgueil.
Mais quel mauvais Demon luy a tant sillé l’œil ?
Tant favorable à nous ébloüy sa prudence,
D’oser jusques à toy estendre sa licence ?
475
S’attaquer à ta gloire, et inique outrager
Un, à qui des Autels elle deust eriger ?
L’énormité du faict, la grandeur de l’injure,
Me retiennent suspens82 d’une telle avanture.
Amfidie
Pluck up your courage, you captain unconquered still!
You will certainly obtain the Volsces' good will,
Into their protection will be, I pledge, received;
460
As for the rancorous rivalry we conceived
For glory between us, leaders of enemies,
Henceforth I abjure it, touched by your miseries,
Examples to me who, from the inconstancy
Of spiteful commoners may suffer equally.
465
Through you, then, let them know a man can do them harm,
Though slighted – how far they must fear his wrathful arm.
Let them learn to cherish and grace in his position
One able to bring down their exalted condition,
One – I will not mince words in stating it before you –
470
Whose right arm served their power as the nerve and sinew,
As a basis for pride, a rampart and a shield.
But what malignant spirit has their eyes so sealed30
So favourably for us – has dazzled their prudence
That they dare as far as yourself extend their licence,
475
Attack your glory with insults unjust, directed
Against one to whom altars should have been erected?
The crime's enormity, the size of the injury –
Such an occurrence fills me with perplexity.
Coriolan
Helas ! demande-tu si l’envieuse dent
480
D’un vulgaire ennemy cause cest accident ?
Es-tu de sa morsure exempt jusques à l’heure ? 83
Oüy, né dessous l’aspect de fortune meilleure,
Ayant à gouverner des agneaux innocens,
Au prix de moy chetif, ces lyons rugissans :
485
Ces barbares confits en fraude, en felonnie,
Qui m’ont voulu tenir suspect de tyrannie,
Faussement imputé, j’en atteste les Dieux !
Le crime d’entre tous, qui m’est plus odieux,
Et Juges, et tesmoins, à la fin miserable,
490
Contraint de te venir implorer secourable.
Coriolan
Alas, do you wonder that the envious biting
480
Of popular enmity can cause such a slighting?
Have you from such biting been exempted thus far?
Yes, you were born beneath a more fortunate star,
Of innocent lambs the unperturbed governor,
While I, poor man, was cursed with those lions that roar,
485
Barbarians adept in fraud, in treachery,
Who sought to make me suspected of tyranny –
Falsely accused, the gods I summon to attest,
Of that very crime which above all I detest –
With them both judge and witness, wretched in the end,
490
I was forced to come implore you to stand my friend.
Amfidie
Pourquoy les Senateurs rangez de ton party
N’ont-ils d’authorité l’outrage diverty ?
Reprimé les fureurs d’une tourbe confuse,
Qui plus a de pouvoir, et plus elle en abuse :
495
Tâche de s’emparer peu à peu d’un credit,
Du rang de la nature, et du Ciel interdit,
Pouvoient-ils pas hardis, avec une apparence
Retracter resolus ta cruelle sentence ?
Amfidie
Why did not the Senators, drawn up on your side,
With their authority turn the assault aside,
Repress the mad excesses of a mob confused,
Which, the more strength it gets, the more that is abused?
495
(It tries, little by little, to acquire stature
And a rank forbidden by Heaven and by nature.)
Could they not have boldly, by plausible pretence,
Reversed, if they were resolute, your cruel sentence?
Coriolan
Le timide Senat au besoin m’a manqué,
500
Un vain espoir qu’en luy je fondois, m’a moqué,
Il a veu (deshonneur !) une Commune armée
Attenter sur ma vie, et sur ma renommée,
Content de s’opposer de paroles, contant
De souffrir un exil à la Parque m’ostant,
505
Qui pense m’obliger d’une honteuse vie,
D’une vie au pouvoir du premier asservie,
Ils sont indifferens de coulpe en mon endroit84,
Et mon ame déjà furieuse voudroit
L’un et l’autre assemblez tenir en la campagne,
510
Ensemble châtier ceux qu’un crime accompagne ;
Je le feray, pourveu que sur ma loyauté
Se vueille reposer vostre Communauté.
Coriolan
The timid Senate quailed when my need was extreme;
500
The hope I founded on it proved a mocking dream.
They have seen – O shame! – the armed rabble of the town
Mount an attack against my life, and my renown,
Opposing it with words alone, with the intent
To save me from death by accepting banishment;
505
They think me grateful for the shameful life they buy,
A life at the mercy of the first passer-by.
They have no feeling for the slight they've done to me;
My soul, already furious, would like to see
Them gathered in the open, both at the same time,
510
And punish all together tainted by that crime.
I will do it, provided your community
Is willing to rely upon my loyalty.
Amfidie
Tu n’as de ce costé que revoquer en doute,
Seulement je voudrois nostre tréve dissoûte,
515
Qu’équitables on pût les Romains quereller,|
Et dans un rets nouveau de guerre embroüiller ;
Rumine en ton esprit quelque ruse ennemie,
Qu’une honeste couleur dispense d’infamie.
Amfidie
You need not doubt that on this side we are resolved.
My only wish is that our truce could be dissolved,
515
So we might confront the Romans equitably,
Tangling them anew in nets of hostility;
Set your mind to pondering some malignant ruse,
Which a pretence of honesty would let us use.
Coriolan
A l’extréme desir peu de temps suffira,
520
D’apas et d’hameçons assez me fournira,
Je les attireray malgré eux en la lice,
”Vers les malicieux il n’est point de malice,
”Et contre le perfide user de trahison,
”Luy dresser des aguets nous enjoint la raison.
525
Allons, soit qu’au timon de la chose publique,
Ou qu’à tenter de Mars la fortune on m’applique,
J’espere de ma charge en sorte m’acquitter,
Qu’à tous je donneray dequoy se contenter.
Coriolan
Given extreme desire, a short while suffices
520
To furnish me baits and hooks, sufficient devices;
I'll have them drawn despite themselves into the lists.
Dealing with the malicious, no malice exists;
Against someone treacherous to make use of treason,
Lay ambushes for him, is the dictate of reason.
525
Come, whether the helm of the ship of state I'm handed,
Or to try the fortune of Mars I am commanded,
I hope I shall fulfil my charge in such a sort
That I shall earn from all a satisfied report.
Amfidie
Un foudre paravant éclaté de la nuë
530
Convertisse mon chef en poussiere menuë,
Avant qu’ambitieux je brigue dessus toy
La conduite d’un camp, l’espreuve m’a fait foy,
Que de vaillance égal, en bon-heur tu me passes,
Mieux assisté du sort, et des Celestes graces :
535
En l’heur victorieux, aux batailles requis ;
Croy que de General le grade t’est acquis,
Avenant qu’aux Romains la guerre on renouvelle,
Et tandis du public je prendray la tutelle.
Reservons à demain au Conseil ce discours,
540
Et pour le premier poinct qui pend de mon secours ;
Despoüille moy ce dueil, que transporté de joye
Ta venuë agreable à ce soir je festoye,
Presage avant-coureur du sincere desir
Que j’ay (Coriolan) de te faire plaisir.
Amfidie
May a bolt of lightning exploding from the skies
530
Into dusty powder my poor head pulverize
Before I show such ambition as above you
To command in the field. For I have found it true
That, equal in courage, in fortune I am exceeded;
You have more help from Fate and the graces needed
535
From heaven for victorious success in combat.
The rank of general – there is no doubt of that,
Should new war with Rome be the order of the day,
While I will take the public weal under my sway.
Let us save this discourse for the Council tomorrow,
540
And – the first step of my succour – these signs of sorrow
Put off at once, so that, transported with elation,
This evening I may dedicate to celebration
Of your coming – a sign of my sincerity,
Coriolan, in wishing you prosperity.31

Acte III

Act III

Scene I85
Scene I
8

Chœur des Romains,
le Senat,
Ambassadeurs.

9

Chorus of Romans,
The Senate,
Ambassadors.

Chœur des Romains
545
Permettez-vous, Grands Dieux ! que l’absence d’un homme
Emporte la fortune, et le bon-heur de Rome ?
Glace le cœur d’un monde en ses murs enfermé86
D’un monde qui souloit épouvanter armé
Le reste conjuré des peuples d’Hesperie87,
550
Qui de l’horrible aspect de la flotte aguerrie88
Subjugant ses Citez, leur imposoit le joug,
Au lieu qu’ores sa gloire elle pert tout à coup,
Des Volsques déconfits en mainte et mainte guerre,
Des Volsques autresfois releguez en leur terre
555
La puissance elle craint, assiegée en ses murs.
Ha ! que vos jugemens nous deçoivent89 obscurs.
Combien souvent, helas ! il nous est difficile
De sçavoir preferer au nuisible l’utile,
Reconnoistre d’où vient nostre prosperité,
560
Et lors la conserver en son integrité !
Celuy que meprisé nous bannismes n’aguere90,
Consomme nostre ville au feu de sa cholere,
Il n’a fait que changer de party, et soudain
Le sort nous a montré son visage inhumain ;
565
Le sort combat pour luy, ses armes favorise,
Menace de ses [fers] nostre antique franchise91.
Incroyable prodige ! estrange et dur effect92
De celle qui si tost destruit ce qu’elle a fait !93
Muable se delecte à brasser de l’encombre
570
A ceux qu’elle couvroit maintenant de son ombre,
Helas ! nous le sentons, de courage abatus,
Ne retenant plus rien des ayeules vertus,
Despourveuz de conseil, d’aussi peu de defence,
Qu’au berceau nous voyons une debile enfance ;
575
Nous sommes arrestez en la meme façon,
Qu’au charme naturel la Nef est du poisson94 ;
Contraints de luy crier mercy de nostre faute.
Las ! et pour tous au sein de frayeur je tressaute,
Que l’arrogant prié n’en devienne plus fier,
580
Par nos Ambassadeurs ne se laisse plier,
Qu’il ne veuille, obstiné, sa vengeance poursuivre,95
Et que nostre Cité d’un siege il ne delivre,
D’un siege aussi fatal, que celuy de dix ans
Le fut dans Ilion, jadis à nos parens.
Chorus of Romans
545
Will you permit, great gods, one man leaving the city
To carry off Rome's fortune and felicity –
That those its walls enclose should freeze with fear of harms,
When they were rather used to frightening in arms
The rest of Italy's inhabitants,32 all regions
550
Combined, and with the fearsome show of warlike legions
Bowing down their cities, imposed on them the yoke?
And now to forfeit glory at a single stroke!
The Volsces, again and again in wars defeated,
The Volsces, who back to their own land had retreated –
555
Their power Rome now fears, besieged behind its wall.
Ah, how your hidden judgements may deceive us all,
How often hard for us to gauge the likelihood,
Alas, of what is harmful, what may do us good –
To recognize the source of our prosperity
560
And then preserve it safe in its integrity!
He whom we lately banned for the rest of his days,
Despised, consumes our city in his anger's blaze.
He has changed sides – no more – and all at once
Destiny has turned a direful face upon us;
565
Destiny fights for him, graces with gain his army,
Threatens with his fetters our ancient liberty.
Incredible prodigy! Strange and cruel effects
Of Her33 who so quickly destroys what she erects –
Who, fickle, delights to stir up trouble galore
570
For people whom her shade had sheltered just before.34
Alas, we feel it, in our inmost spirits daunted,
Those virtues wholly lost that our ancestors vaunted,
Devoid of counsel, all defenceless and forlorn,
Helpless as the infant in its cradle new-born;
575
We are stopped dead, as is the vessel in its course
By that fish endowed by nature with wondrous force,35
And are constrained to ask his pardon for our error.
Ah, for all of us I inwardly quake with terror
Lest his arrogance, at our pleas increased in pride,
580
May not by our ambassadors be mollified,
Lest he pursue his revenge with obstinacy
And not from a fatal siege deliver our city –
As fatal as that siege which for ten years oppressed
Ilium, once by our forefathers possessed.
Le Senat
585
” L’insensé rarement se modere plus sage,
” Qu’apres avoir receu quelque insigne dommage,
Il persiste en l’erreur de son opinion,
Tant qu’elle reüssisse à sa confusion ;
De mesme, furieux vous ne voulustes oncques
590
Prendre de bonne part remontrance quelconques,96
Digerer un conseil salutaire en son temps,
Sur ce dont (mais trop tard) vous estes repentans,
Le Senat pour neant vous remonstroit la perte,
Qu’apportoit un tel homme à sa ville deserte,
595
Qu’un jour il se pourroit de l’outrage vanger,
Au public interest, et au commun danger ;
Nous n’en fusmes pas creus, ains97 lors vous fistes gloire
D’obtenir (l’exilant) sur le Senat victoire.
Victoire ridicule, et qui ressent encor
600
Celle qu’obtint le camp de l’enfant d’Agenor98,
Victoire qui demeure aux vainqueurs plus funeste,
Et au lieu d’un laurier, un remord leur appreste ;
Mais, que peuvent gaigner par contraires efforts,
Les membres divisez qu’anime un mesme corps ?99
The Senate
585
The madman rarely calms himself and turns more wise
Until he has received a disastrous surprise;
He persists in the error of his vain delusion
To the point of producing his utter confusion.
So you in your frenzy ever turned a deaf ear
590
To well-intentioned warnings not to persevere,
Refusing in due time wholesome counsel to swallow,
For which now – but too late – in repentance you wallow.
To no avail the Senate pointed out to you
The harm to his former town such a man would do –
595
That one day he might avenge his wrong, to the peril
Both of the state itself and of the common people.
We were not believed; no, you gloried in great style
For vanquishing the Senate by forcing his exile –
A victory absurd, which still smacks of the one
600
Accomplished by the army of Agenor's son,36
A victory that remains mournful for the victors,
Disposing them, not for laurels, but for remorse.
But what good may be gained from the contrary strife
Of limbs divided when one body gives them life?37
Le Chœur
605
De nostre affliction vous discourez à l’aise,
Vos biens en sauveté de son hostile braise,
Qu’endommager aux champs le traistre n’a permis100
Ses soldats gardiens exprés ayant commis,
Si nous faillismes seuls, seuls nous portons la peine,
610
Seuls nous sommes butin de sa rage inhumaine,
Que nous venez vous donc, importuns reprocher
D’un mal qui ne vous touche, et ne vous peut toucher ?
Pourquoy defendez-vous que d’angoisseuses plaintes101
Nous tâchions d’adoucir nos mortelles atteintes ?
Chorus of Romans
605
Of our affliction you may discourse at your leisure,
Your goods being safe from his fiery displeasure;
In the fields, the traitor has ordered them preserved,
With soldiers assigned to see his command observed.38
If the fault was ours alone, so ours is all the pain,
610
We alone the victims of his rage inhumane.
Why then reproach us, with such importunity,
For an evil from which you have immunity?
Why forbid us the attempt to assuage our anguish
By lamenting the agony in which we languish?
Le Senat
615
O la simplicité, l’impudence, l’erreur,
De croire qu’il n’ayt point contre nous de fureur,102
De maltalent103 caché, de fiel, et de rancune,
Qu’il espargne nos biens plus que d’une Commune,
Sinon que cauteleux il desire semer
620
La discorde entre nous, plus forte [l]’allumer104 :
Ores que menassés de pareille ruine,
Nous en extirperons jusques à la racine,
Ores que nous avons plus besoin d’une paix
Pour s’entre-secourir, que nous n’eusmes jamais ;
625
Vous souvienne [aveuglés]105 quel est le personnage,
Qu’il guerroye de ruse106 autant que de courage,
Qu’où la force d’Achille il prévoit luy manquer,
L’artifice d’Ulysse il sçait trop appliquer.
Tel, tel je vous le pleige107, et ne veux que ses gestes
630
Exploitez avec nous d’exemple manifestes.
Je ne veux qu’au present le passé conferer ;
Mais, helas ! on nous vient son vouloir declarer,
Voicy nos Deputez, de qui la face morne
Monstre que sa rancœur implacable est sans borne108,
635
Amis qu’avez-vous fait ? de quelle affection
A receu ce cruel nostre legation ?
The Senate
615
O the simplicity, error, and impudence
To think there's no anger towards us in his intents,
No hidden rancour, bitterness, and enmity,
That more than the commons' he spares our property,
Cunning as he is, but for one reason – to sow
620
Discord between us, more strongly the flame to blow,
Now that we face together ruin absolute
And are bound to pluck out that discord by the root,39
Now that we require a peace between us more –
To help each other – than we ever did before;
625
You remember, blind men, with whom we have to do,
That he fights with courage, but with subterfuge too,
That where he knows he faces failure if he uses
Achilles' strength, too well he wields Ulysses' ruses.
Such, such he is, I promise, and many a deed
630
He has done with us is the only proof I need;
I only seek to liken the past to the present.
But now, alas, we have fresh word of his intent;
Here come our deputies, whose mournful looks downcast
Reflect his rancour without bounds, and bound to last.
635
Friends, what success have you had? With what disposition
Has he, that heartless man, responded to our mission?
Ambassadeurs
Pire cent et cent fois que n’est le plus barbare,
Qui hormis l’ornement du Sceptre et du Thyare,
Ne sent plus que son Roy, dédaigne d’escouter
640
Ceux qu’il souloit icy compagnons accepter,
Resolu d’abolir le nom de sa patrie,
Et plustost n’amortir l’ardeur de sa furie.109
Ambassadors
Worse than the worst barbarian – infinitely;
But for sceptre and crown, effusing royalty
Just like a king, disdains quite simply to give ear
640
To those he used to have as his companions here,
Resolved to extirpate his country's very name,
And not before to mitigate his fury's flame.
Le Chœur
O miserable ville ! ô pauvres Citoyens !
Chorus of Romans
Wretched citizens of a city facing doom!
Ambassadeurs
Nos tombeaux de la paix sont uniques moyens.
Ambassadors
Peace we may hope to find when we are in the tomb.
Le Senat
645
Qu’à tout appointement il a fermé l’oreille ?
The Senate
645
But did he to any settlement close the door?
Ambassadeurs
La forme qu’il en donne à la guerre est pareille.
Ambassadors
The terms he offers are no different from war.
Le Chœur
Ah ! Cieux, tout est perdu.
Chorus of Romans
O heavens, all is lost!
Le Senat
En somme dites nous
Que l’amande contient prescrite à son couroux.
The Senate
Briefly now, please relate
The penalty that is exacted by his hate.
Ambassadeurs
Ainsy que chacun sçait, la tréve consommée,
650
Pour la seconde fois revoyant son armée,
Nous l’avons, en faveur du peuple, et du Senat,
Supplié que son camp encor il remenât
Hors des confins de Rome, et qu’alors, toute chose
Sous l’equitable part de la raison enclose,
655
On luy concederoit de franche volonté.
Mais d’une passion cholere surmonté,
Respirant un rancœur en sa veuë égarée,110
Subit111 vostre demande à hautain rembarée,
Replique qu’il n’avoit en qualité de chef,
660
Remede ny soulas propre à nostre meschef,
Mais, comme Citoyen de Rome et Patriote,
Sa gloire prévoyant au sepulchre devote 112,
Les destins irritez de trop d’ambition,
Qu’il nous conseilloit bien vuidé de passion ;113
665
Rendre aux Volsques plus forts leurs villes usurpées,
De richesses par nous, et d’honneur dissipées ;
Promettre ne jamais la guerre encommencer,
Et à tous droicts contr’eux pretendus renoncer ;
Qu’ainsy nous joüirons de la paix desirée,114
670
Qu’ainsy nous obtiendrons sa faveur asseurée ;
Qu’ainsy nous évitons le naufrage prochain,
Et que son camp ainsi lairroit le mur Romain,
Ne donnant que trois jours de temps à se resoudre.
Jupiter, (à ces mots) quand il lâche son foudre,
675
Moins severe paroist, adjoustant au surplus,
Que ce terme expiré de conference exclus
Il nous feroit punir entrans en son armée.
Ambassadors
As everybody knows, after the truce expired
650
And he again advanced his troops, which had retired,40
We, as the people's and the Senate's good behooved,
Beseeched him to command his camp to be removed
Beyond the frontiers of Rome, said,41 if that were done,
That everything within the bounds of right and reason
655
Would be conceded with a spirit free and willing.
But he, with the turmoil of angry passion thrilling,
With rancour breathing deeply, his gaze turned aside,
Haughtily and curtly your petition denied,
Answered that he, as general, did not possess
660
A remedy or solace fitting our distress,
But, as a Roman of a patriotic bent,
Foreseeing that Rome's glory is doomed to interment,
Since the destinies take umbrage at great ambition,
He offered us, dispassionate, this admonition:
665
Render the Volsces, now stronger, the towns we conquered,
Which we have pillaged of their riches and dishonoured;
Promise never again to instigate a war;
Renounce claims against them pretended heretofore.
Thus, he said, would we enjoy the peace so desired;
670
Thus would his favour be assuredly acquired;
Thus our ship avoids42 the close-looming rocks and foam,
And his army would abandon the walls of Rome –
Giving us three days only to deliberate
(At those words Jupiter, when thundering his hate,
675
Appears less harsh) – moreover, with this stipulation:
That then, excluding all further negotiation,
To punish us his army would enter the town.
Le Chœur
O Cité desastreuse, où est ta renommée ?
Chorus of Romans
O city ill-starred, what's become of your renown?
Le Senat
Vous deviez en secret le sonder avisez,
680
Les Volsques repaissans de propos déguisez.
The Senate
More artful in secret to have sounded him out,
680
While plying the Volsces with speeches roundabout.
Ambassadeurs
Ouy, s’il n’eust prévenu la ruse projettée,
Mandé de leurs primats la troupe consultée,
Pour ouïr l’ambassade, et sur le champ enjoint,
Que l’on la declarât tout haut de poinct en poinct.
Ambassadors
Yes, except that he prevented our clever scheme –
After a council, called those highest in esteem
To hear the embassy, at once gave us no choice
But point by point to declare it in a loud voice.
Le Chœur
685
Allons de nostre sang sa cruauté repaistre,115
Plustôt qu’à sa mercy derechef nous soumettre,
Allons l’espée au poing ses scadrons enfoncer,116
Un trépas genereux n’est point à renoncer.
Chorus of Romans
685
Come, let us shed our blood to feed his cruelty,
Sooner than submit ourselves again to his mercy;
Come, we'll hurl ourselves on his squadrons sword in hand;
A noble end at least remains at our command.
Le Senat
Non, retournez vers luy repeter nos prieres,
690
Le Soleil en un jour different de lumiere
Montre que l’homme peut d’opinion changer,
Se peut de la rigueur à la pitié ranger.
Repoussez, il nous reste un remede à l’extréme,
D’envoyer suppliant vers luy nos Prestres mesme,
695
Qui pour la pieté le pourront émouvoir,
Dépeschez au peril compassant le devoir.
The Senate
No, return to him now, reiterate our prayers;
690
The variable sunlight that the same day shares
Shows us that a man can equally change his mind,
Can alter from severity to being kind.
In case of rebuff, there remains a final chance –
To send to him our very priests as suppliants,
695
Who, out of piety, will cause him to relent.
Make haste, and may our danger make you diligent.
Ambassadeurs
Encore que ce soit toute peine perduë,
Nous vous allons querir sa response attenduë.117
Ambassadors
Although the prospect of success is worse than bleak,
We will try to get from him the answer you seek.
Le Chœur
O severes destins ! Faut-il que nostre dueil
700
Accroisse d’un tyran l’insupportable orgueil ?
Faut-il de la pitié d’un Busire118 dépandre,
Tombez (pour le sauver) en si piteux esclandre ?
Chorus of Romans
O bitter destinies! Must our sorrow's flood-tide
700
Serve to swell a tyrant's insufferable pride?
Must we on a Busiris43 for pity depend,
When saving him brought us to this pitiful end?44
Scene II119
Scene II
Coriolan
Ma vengeance tantost accomplie à demy,
Ce peuple injurieux de mon los ennemy,
705
Qui se targuoit du nombre, et du nom de sa ville,
A ma discretion ploye son joug serville,
Deux fois par ambassade a souffert le refus,
D’un accord demandé repentant, et confus,
Et n’en doit esperer quelque chose qu’il face ;
710
Tâchant humilié de rentrer en ma grace,
De me tirer à part, corrompre ma faveur,
Cela de mon courroux n’amortit la ferveur,
Ne l’esteindra premier que sa gloire foulée
Aux moindres nations se ternisse égalée,
715
Tant qu’assouvy j’auray mis son pouvoir si bas,
Son bon-heur eslevé du bon-heur des combats,
Que chacun sans peril des peuples qu’il opprime,
Reparera sa perte en reparant son crime,
”Rien ne se fait sans cause, et les Dieux providens,
720
”De qui, pauvres mortels nous sommes dépendans,
”Sçavent nostre arrogance à la raison reduire,
” Pourveus quand il leur plaist d’instrument de leur ire,120
D’instrument comme moy pour la rogue fierté
Des Romains, abusans de trop de liberté.
725
O saincte ! ô équitable ! ô terrible justice !
Heureux Coriolan d’appliquer ce supplice,
Vengé tu as atteint le comble de tes vœux,
Vengé tu traceras l’exemple à nos nepveux,
Vengé tu as acquis plus d’honneur, plus de gloire,
730
Que ce bras121 ne l’avoit de toute autre victoire,
Estouffe desormais le soucy devorant ;
Mais, où vay-je d’esprit et de pensers errant ?
Je me trompe, ou voicy leur Ambassade encore,
Que la honteuse fin d’une paix viendra clorre.
Coriolan
My vengeance almost half achieved, within my reach,
The impudent plebs, who dared my fame to impeach,
705
Trusting in their numbers and the name of the city,
Bear, as I see fit, their yoke with servility;
Twice, through their ambassadors, they have seen refused
The pact they pleaded for, repentant and confused,
And cannot hope for it, whatever they may do.
710
Attempting, now humbled, to gain my grace anew,
To draw me apart, by corruption to entreat –
That is no way to moderate my anger's heat,
Nor will extinguish it, till their glory, supine
And level with lesser peoples', ceases to shine,
715
When, satiated, I've laid their power so low –
The happiness their luck in combat caused to grow –
That with impunity each subjugated nation
Shall compensate their crime, exacting reparation.
Nothing happens without a cause, and the provident
720
Gods, on whom we fallible mortals are dependent,
Know how to set our arrogance on reason's path,
Supplied, when they please, with an instrument of wrath,
An instrument like me against the vanity
The Romans flaunt, abusing too much liberty.
725
O sacred, O most righteous, O terrible justice!
For Coriolan to carry it out – what bliss!45
Avenged, the summit of your wishes you attain;
Avenged, a pattern to our children you remain;
Avenged, you'll have acquired more honour, more glory,
730
Than this arm ever won in another victory:
Then suppress from this time forth devouring care.
But my thoughts and spirit wander I know not where.
Am I wrong? No, here again their mission they send,
Which in a shamefully concluded peace will end.46
Scene III
Scene III
9

Ambassadeurs122,
Coriolan,
Le conseil.

10

Ambassadors,
Coriolan,
Council.

Ambassadeurs
735
Une derniere fois ta plorable Cité
Reclame ta clemence en son adversité,
Une derniere fois ta pitié conjurée,
Du peuple nous offrons une grace asseurée,
Un rappel consenty de tous en general,
740
Rappel de ton exil, qui nous fut si fatal ;
Te priant au surplus nous donner audience
En privé quelque part, avecques patience.
Ambassadors
735
Again, one final time, your lamentable city
Begs you to use mercy in its adversity.
One final time, if your pity may be procured,
We say your pardon by the people is assured,
A repeal to which all have subscribed their desire,
740
Repeal of your exile, which to us was so dire,
Praying you, moreover, to give us audience
Somewhere in private, and to hear us out with patience.
Coriolan
Soldats, appellez-moy les seigneurs du Conseil ?
Coriolan
Soldiers, bid the lords of the Council to assemble.47
Ambassadeurs
Je frissonne au regard que décoche son œil.
Ambassadors
At the glance his eye shoots forth, I begin to tremble.
Coriolan
745
Me conferer à part en affaire publique,123
Si vous ne desistez d’une sourde pratique,
Punis en qualité de traistres suborneurs,
Qui voulez m’allecher d’appas empoisonneurs,
Tous on vous apprendra : Sus, en pleine assistance
750
Dites, si les Romains (induits à repentance)
Ce qu’ils ont usurpé veulent retribuer,
Faisant cesser le siege, ou le continuer.124
Au defaut de la paix en ces bornes prescrite,
Ne vous avois-je pas nostre armée interdite ?125
Coriolan
745
Confer with me apart on matters that are public!
If you do not desist from such a two-faced trick,
By treating you as merely treacherous suborners
Who seek to bait me and corrupt me in dark corners,
We'll have you all taught a lesson! Now, with all present,
750
Tell us if the Romans, induced to turn repentant,
Are willing to restore those lands where they intrude,
Thus ending the siege, or prefer it continued.
If you don't bring the peace prescribed on that condition,
Have I not denied you access to our position?
Ambassadeurs
755
Moyennant que ton camp il te plaise adoucy,
Tirer de nos confins en l’emmenant d’icy,
Autant que l’équité permet que l’on t’accorde,
Ils te l’accorderont desireux de concorde.
Ambassadors
755
Should it please you, mollified, those under your sway
To withdraw from our confines, moving them away,
As much as equity permits them to accord
They will accord you, being desirous of concord.48
Coriolan
N’avez-vous impudens charge que de cela ?
Coriolan
Impudence! Is that the beginning and the end?
Ambassadeurs
760
Nostre commission ne va que jusques là.
Ambassadors
760
No farther than that does our commission extend.
Coriolan
Qui donc vostre retour maintenant autorise ?
Coriolan
Then what now authorizes your return to me?
Ambassadeurs
”Pour le bien du païs toute chose est permise.
Ambassadors
All things are permitted for the good of one's country.
Coriolan
Le bien que vous cherchez est vostre detriment.
Coriolan
You may seek a good but the harm will be your own.
Ambassadeurs
Sans passion tu peux en parler autrement.
Ambassadors
You might speak without passion, take another tone.
Coriolan
765
Aucune passion mon ame ne transporte.
Coriolan
765
No passion moves my soul beyond its normal state.
Ambassadeurs
Du Temple de Janus126 ferme doncques la porte.
Ambassadors
Of the temple of Janus, therefore, close the gate.49
Coriolan
Trahissant mon party pour vous gratifier ?
Coriolan
Betraying my party just to gratify you?
Ambassadeurs
Ains d’une paix daignant les deux peuples lier,
Ambassadors
No, deigning by peace to make one people of two.
Coriolan
Je le desire ainsi, les pactions égalles,
Coriolan
That is what I wish, on terms of equality.
Ambassadeurs
770
Esgalles, ou des tiens la gloire tu ravalles,
Ambassadors
770
Equality, or you decrease your people's glory.50
Coriolan
Des assassins (ingrats) vous appellez les miens ?
Coriolan
Assassins, ingrates – my people, you dare to call them?
Ambassadeurs
Toûjours le bon costé fut et sera des tiens.
Ambassadors
You always wished – and must wish – that good may befall them.
Coriolan
Ils sont coupables tous, et tous je les renonce.127
Coriolanus
They are all guilty, and all I repudiate.
Ambassadeurs
Console au moins nos maux d’une humaine response,
Ambassadors
With milder words, at least, our evils mitigate.
Coriolan
775
La premiere donnée emporte son destin,
Coriolan
775
With the first that I spoke their destiny was sealed.
Ambassadeurs
L’honneur de ton païs veux-tu mettre en butin ?
Ambassadors
Your own country's honour as a prize will you yield?
Coriolan
Je n’ay point de païs qu’où ma fortune est bonne,
Coriolan
I have no country but where my fortune may flourish.51
Ambassadeurs
Rome est celle pourtant qui ton estre te donne.
Ambassadors
Rome remains, however, the one that did you nourish.
Coriolan
Rome est celle qui m’a voulu priver du jour.
Coriolan
Rome is the one that wished me to my death pursued.
Ambassadeurs
780
A son ingratitude oppose ton amour,
Ambassadors
780
Let your love compensate for her ingratitude.
Coriolan
Ne m’importunez plus d’une priere vaine,
Coriolan
Importune me no longer with a vain petition.
Ambassadeurs
A d’autres mieux venus nous resignons la peine.
Ambassadors
To others more welcome we relinquish our mission.
Coriolan
A quiconque ce soit je defens revenir,
Si à la paix offerte il veut contrevenir.
Coriolan
I forbid anyone to come, no matter who,
If he seeks to dispute the peace I've offered you.
Ambassadeurs
785
Nous allons rapporter cette triste nouvelle,
Ambassadors
785
We shall convey this latest woeful information.
Coriolan
Et moy de plus en plus continuer fidelle,
Employer mon courage, et ma dexterité,
Pour ceux qui m’ont receu en ma calamité.
Coriolan
And I continue more devoted in my station,
Employing my valour and my dexterity
For those who took me in in my calamity.
Le Conseil
O des plus valeureux Soleil incomparable !
790
Que ton malheur nous fut propice et favorable,
Que nous avions besoin d’un tel chef, et combien
Ta vertu doit cherie en ce val terrien,128
Obliger qui la tient de conserver sa grace,
Des plus audacieux elle brise l’audace
795
La fortune la suit, la fortune ne peut
Tollir à ces desseins rien de ce qu’elle veut.
Council
O bravest of the brave, incomparable sun!
790
How with the loss of yours, our happiness was won!
How much we needed such a chief, and in what measure
Your virtue must, regarded as an earthly treasure,
Oblige one who holds it to stay on its good side:
The boldest are broken when with it they collide.
795
Fortune is its follower; fortune itself cannot
Revoke what now is purposed by a single jot.

Acte IV

Act IV

Scene I129
Scene I
10

Valerie,
Troupe de dames.

11

Valerie,
Troupe of Women.

Valerie
Doutez vous que les Dieux inspirent mon courage ?
Les bons Dieux qu’en l’effroy de ce commun naufrage
Chacun va prosterné supplier aux Autels,
800
Leurs miracles souvent d’origine sont tels,
Ils choisissent un cœur humilié de crainte,
Pour y germer la foy d’une assistance saincte,
Pour rendre son conseil organe d’un bien fait,
Outre que je croirois un signalé forfait ;130
805
Outre que je croirois tenir plus d’une Idole,
Que du sang genereux de ce grand Publicole,
Laissant aucun moyen à part moy pourpensé,
Utile à mon païs de misere oppressé,
Prest à faire une paix pleine d’ignominie,
810
Paix qui ne vaut pas mieux qu’un joug de tyrannie,
Paix de qui nos Majeurs131 herisseroient d’horreur
S’ils entendoient là bas nostre timide erreur :132
Les Celestes exprés ont voulu debonnaires,
Que teinsions en depost du chef des adversaires,
815
Un gage plus preignant d’amour, et de pitié,
Sa mere, et ses enfans, et sa chere moitié.
Implorant leurs secours, implorant leur puissance,
Pour toutes de parler je prendray la licence,
Allons donc les trouver.133
Valerie
How can you doubt that the gods my courage inspire?
Those good gods whose altars, as waves still tower higher
Above our fragile vessel, all now supplicate
800
Abjectly? Often miracles originate
In a heart made humble by fear, and singled out
That therein faith in heaven's aid alone may sprout
To render its advice the means of benefit--
Besides which I should think such conduct most unfit,
805
Worthy some Idol's offspring, not the noble state
Conferred by the blood of Publicola the great,
If any thought of mine were not put to the test
That might profit my country, by hardship oppressed--
Prepared to make a peace full of ignominy,
810
A peace worth no more than the yoke of tyranny;
A peace to make our ancestors bristle in horror
If they should gaze down upon our cowardly error.
Now the gracious gods have expressly shown their will
That a pledge should remain in our safekeeping still
815
From our foes' chief, a pledge more than commonly laden
With love and pity: his mother, dear wife, and children.
To implore their succour, implore their potency,
To speak for all of you I'll take the liberty.
Let us then go find them.
Troupe de Dames
Allons, puis qu’il te plaist,
820
Puis que d’un bon espoir l’augure te repaist,
Jaçoit que nous deussions auparavant ensemble
Consulter le vouloir du Senat, ce me semble.
Troupe of Women
Let us, since you are willing,
820
The augury of good hope such power instilling
In you--though first we should go together and see
What the Senate wants us to do, it seems to me.
Valerie
Nullement, en desirs si vertueux conceus
L’autorité suffit des grands Dieux de là sus,134
Valerie
Not so: when intents thus virtuous are proposed,
The great gods authorise them, and the case is closed!
Scene II135
Scene II
11

Amfidie

12

Amphidie.

Amfidie
825
Qu’as-tu fait insensé ? quelle manie estrange
Une bréche éternelle imprime à ta loüange ?
Ennemy de l’honneur acquis par le passé,
Tu consens un rival au premier lieu placé ;
Un rival estranger perfide à sa patrie,
830
Aujourd’huy de ton gré les Volsques seigneurie,
Commande absolument, leurs batailles conduit,
Ton los est obscurcy aupres du sien qui luit,
Ton credit aboly, ta renommée esteinte,
Si qu’ores penetré d’une jalouse atteinte
835
A peine pourras-tu les aisles luy rongner,
A peine du commun la croyance esloigner,
Qui dédaigne marcher sous autre Capitaine,
Veut que l’autorité en ses mains souveraine
Demeure irrevocable, et aux autres enjoint
840
S’il ne leur dispersoit de n’en pretendre point,
Que j’endure l’affront ? ô gouffres de Tenare136
Ravissez-moy plustost à vostre Prince avare :137
Je n’affecte le jour qu’à cause de l’honneur,
Et ne sçaurois souffrir compagnon, ny Seigneur :138
845
Au surplus dessus luy il m’a ja donné prise,
Perdant l’Occasion d’une haute entreprise,
L’Occasion qui n’a des cheueux que devant139,
Et glissée une fois remplit les mains de vent ;
Mais il la vouloit perdre octroyant une tréve
850
De trente jours aux siens, en leur crainte plus griéve ;
Bien pris d’avoir pendant son siege transporté,
Permis Rome reprendre en toute liberté
Ses esprits, son courage, et de vivre munie,
Mocquer nostre imprudence à juste droict punie :
855
La foy d’un traistre est nulle, il n’y a point d’arrest,
De faire à tous le mesme il sera tousjours prest,
Amorcé du rappel de son ban140, c’est sans doute,
Que des Volsques bien-tost nous oirons la déroute,
Qu’auteur de ce dommage on viendra m’accuser,
860
Me meurtrir dans mon lit, mes lares embraser,
Déloyal ! Haste toy, si tu en as l’envie ;
Car je feray de prés examiner ta vie ;
Je te donneray tant d’espions desormais,
Et tes gestes seront de tant d’yeux enfermez,
865
Que difficilement tu ourdiras de trame,
Qu’à ta confusion, qu’à ton sanglant diffame :
Sinon je te prepare un tel piege au retour,
Que tu perdras ensemble et la gloire et le jour.
Amphidie
825
Madman, what have you done–-by what strange urge incited
To ensure your own glory eternally blighted?
Foe to all the honour that your former deeds bore you,
You consent that a rival should be placed before you;
A foreign rival, a traitor and renegade,
830
Has been put in charge of the Volsces with your aid--
Commands absolutely, leads their troops to the fight;
Your praise is obscured while his own is shining bright;
Your credit is abolished, your renown extinguished.
So that now, when you find yourself wounded and anguished
835
By jealousy, to clip his wings will not be easy,
Nor to shake the faith of the common soldiery,
Who disdain to accept any other's commands,
Insist that all the authority in his hands
Remain irrevocably, and unless his eye
840
Falls on you for something--well, you need not apply.
Shall this shame be endured? O gulfs of Taenarus--
Down, instead, to your greedy Prince may you bear us!52
My life is worth only what honour will afford--
I can stand to have no equal, much less a lord.
845
What's more, he has proffered me a means of prevailing,
Having the occasion of a bold stroke, but failing--
Occasion, whose forelock alone provides a grip
And fills your hands with wind, if you should let it slip.53
But then he sought to lose it, giving a month's truce
850
To his quivering people, stewing in their juice;
Oh, well done!--so that Rome, while the siege was suspended,
With full permission and in all liberty mended
Its spirits, its courage, and now, stocked with supplies,
Mocks us to scorn, as our negligence justifies.
855
A traitor's faith is worth nothing; he knows no bounds;
He'll do the same thing whenever the music sounds
In his ear of his banishment's repeal: no doubt
We'll soon be hearing of the Volsces put to route.
As author of this harm, on me they'll turn their ire,
860
Murder me in my bed or set my house on fire.
Pattern of perfidy--go speed your preparation,
For I'll subject your life to close examination;
From now on I will set on you so many spies,
And your movements will be tracked by so many eyes
865
That you will have trouble putting a plot in place,
Except to your confusion, your bloody disgrace.
If not, I shall set such a trap when you come back
That your glory and your life shall both go to wrack.
Scene III141
Scene III
12

Volomnie,
Valerie,
Troupe de Dames,
Verginie.

13

Volomnie,
Valerie,
Troupe of Women,
Verginie.

Volomnie
Mes Dames, plût au Ciel qu’il fût aussi facile
870
D’accomplir ce project que je le sens utile.
Las ! je n’espargnerois ny prieres ny pleurs,
Je luy peindroy plus grands encore les malheurs,
Plus grands il ne se peut142, Rome desesperée
Une telle secousse onc n’avoit endurée,
875
Depuis que deux jumeaux la fonderent au bord
Où un heureux destin les preserva de mort.143
De mon fils courroucé n’estant point éconduite,
Je croiray rebâtir une ville détruite.
Helas ! ce sont propos, propos jettez en l’air,
880
Perdus, infructueux, qui ne font que couler.
Flechiroy-je (sa mere) un Heros magnanime,
Qui tousjours a plus fait de son païs estime,
A preferé sa gloire à l’amour des parens,
Ains au jour que mortels nous sommes respirans ;144
885
Bref, qui d’affection vers sa patrie extréme,
Maintenant la poursuit d’une haine de méme,
Témoin l’âpre rebut de nos Ambassadeurs,
D’une paix coup sur coup pour neant demandeurs
Et pire témoignage arguant sa colere,145
890
De nos Prestres sacrez l’inutile priere,146
Volomnie
Ladies, may it please Heaven as greatly to speed
870
This plan of ours as I warrant there is need.
Alas, I shall spare neither my tears nor my prayers;
As I depict them, still worse than they are our cares
Shall appear. Still worse than they are? That cannot be:
Poor Rome has never suffered such calamity,
875
Since twin brothers founded her on that riverside
Where, but for happy destiny, they might have died.
Sure not to be turned away by my angered son,
With a new city I'll replace the vanquished one.
Alas, these are mere words, words tossed into the air
880
Unfruitfully, which glide away, leave nothing there:
Can I, his mere mother, bow a hero's great mind,
One always more to his country's esteem inclined,
And glory, than to the affection of his parents –
Or to the very life we mortals breathe and sense.
885
Thus, from loving his country to extremity,
He now pursues it with an equal enmity--
Our ambassadors' brutal and bitter rebuff,
Petitioning in vain for peace, was proof enough,
And, worse testimony of his fury unchecked,
890
The praying of our sacred priests has no effect.
Valerie
Le pouvoir maternel surpasse tout pouvoir,
Il ne vous a jamais manqué de son devoir ;
Humble, respectueux, enfant si debonnaire,147
Que la pieté méme il prenoit d’exemplaire,
895
Que vos pleurs molliront son courage d’acier,
Que Rome aura de quoy plus vous remercier,
Vous sçauoir plus de gré qu’aux Matrones Sabines148,
Se jettant au travers des batailles Latines,
Leurs peres appointans avecque leurs espoux,
900
Que Mars déjà bouïllant appareilloit aux coups ;
Prenez seulement cœur d’esprouver la fortune,
Que vous accompagnant nous desirons commune,
Soit de honte, ou d’honneur, de salut, ou de mort,
Selon la volonté de l’immuable sort.
Valerie
The power of a mother surpasses all power.
His duty to you has not failed at any hour.
Humble and respectful, a child so well-disposed,
Piety itself was the model he proposed,
895
And your weeping will mollify his heart of steel;
Thus Rome will have still another reason to feel
Thankful, more grateful to you than to the Sabine
Matrons who hurled themselves across the battleline
In Latium, making their fathers and husbands friends,
900
When Mars, roused to rage, was pursuing violent ends.54
Only take heart; courageously that fortune dare
Which we, companions with you, wish alike to share--
Whether shame or honour, death or security:
Whatever shall be Fate's immutable decree.
Volomnie
905
Esprouver un hazard sans espoir c’est folie,
Volomnie
905
By taking risks without hope is madness betrayed.
Valerie
Au contraire l’espoir vous rit, et vous supplie,
Valerie
But here hope smiles upon you and implores your aid.
Volomnie
Tant d’autres éconduits devant moy me font peur,
Volomnie
So many others turned away daunts me with fear.
Valerie
Leur credit pres du vostre estoit une vapeur,
Valerie
Their credit next to yours like mere smoke will appear.
Volomnie
Leur credit embrassoit celuy de la patrie,
Volomnie
Their credit comprehended the whole country's needs.
Valerie
910
Et qui refuseroit une mere qui prie ?
Valerie
910
And who would refuse his own mother when she pleads?
Volomnie
Pensez que son pouvoir dépend de l’estranger.
Volomnie
Consider that his power on strangers depends.
Valerie
Le Volsque n’est icy qu’afin de le venger.
Valerie
The Volsces are just there to serve his vengeful ends.
Volomnie
Le Volsque qui dispute avec nous de l’Empire149,
Nostre ennemy mortel plus haut certe respire,
915
Il ne déploye point pour un particulier
Sa puissance totalle en ce peuple guerrier.
Volomnie
The Volsces, bitter rivals with us for empire,
Our mortal enemies, must certainly aim higher;
915
They scarcely deploy for one person's situation
The entire armed forces of that warlike nation.
Valerie
J’aymerois mieux nous voir tout au coup refusées,
Qu’en excuses ainsi, sans excuse amusées,150
”La fortune souvent apporte le bon-heur,
920
”Se munissant d’espoir, et non point de malheur.
Valerie
I would much rather see us straightaway refused –
To play thus with excuses cannot be excused.
Fortune frequently brings felicitous success
920
When one proceeds with hope and not in wretchedness.
Volomnie
Je perisse plustost que refuser ingrate,
Au païs affligé ma priere Avocate,
Je refuse sans plus, craintive du refus,
Craintive à bon sujet, si jamais je le fus,
925
Parfait a ma requeste, éconduite et receuë,
Ou la fin d’une guerre, ou sa douteuse issuë.151
O pitoyables Dieux ! auteurs des bons desseins,
Tant justes, tant clemens, tous puissans, et tous saincts,
Accompagnez ma voix d’un charme qui penetre
930
Le roc de son courage, et penetrant j’impetre,
J’impetre le pardon des torts qu’on luy a faits,152
Conjoints à la faveur d’une agreable paix.
Allons, ma chere Bru, viens d’un baiser modeste
Appaiser de ce Mars la rancune funeste,
935
Et toy son doux espoir, son germe genereux
Oblige dés le bers153 ton païs malheureux.
Volomnie
Let me perish before, with an ingrate's disdain,
I refuse to plead for my country in its pain.
I refuse no longer, though I fear his refusal,
Fearing for good reason, if ever I was fearful;
925
Rebuffed or accepted, I shall not fail to sue:
Whether the end of a war or war's doubtful issue.
O pitiful gods, by whom good plans are created,
So just, so mild, your omnipotence consecrated,
Accompany my voice with a charm that may cleave
930
His stony heart; may I, in cleaving it, receive,
Receive remission of the wrongs he has endured,
Joined with the favour of a happy peace secured.
Let us go, dear daughter-in-law; with your chaste lips
Send that Mars's bitter rancour into eclipse,
935
And you, from your cradle, his sweet hope, noble seed,
Oblige your country to you in its dire need.55
Scene IV154
Scene IV
13

Coriolan,
Le Conseil,
Volomnie,
Troupe des Dames.

14

Coriolan,
Council,
Volomnie,
Troupe of Women.

Coriolan
Seigneurs Volsques, honneur de vostre Republique,
Dignes d’estre adjoustez à la troupe Olimpique,
Le Conseil nous appelle en ce siege important,
940
A la perte de l’un des deux partis bastant,
Des Romains, ou de nous, l’un obstiné de prendre
Un monde enclos de murs ; l’autre de se defendre,
Doute qui ne se peut bien resoudre au certain,
Sçauoir l’évenement, si ce n’est du destin ;
945
Quant à ce qui concerne une apparence humaine
Sa prise ne nous doit balancer incertaine,
D’ouverte et vive force, ou du temps ménagers
Avec moins de hazards, de perte et de dangers ;
Moins prodigues de sang, et plus meurs de prudence
950
Faut que l’ennemy prenne un joug en patience,
Conviendra qu’il se rende à composition,
Malgré sa resistance et son ambition,
Pretendre le forcer veu la grandeur du nombre,
J’estime que ce soit lutter contre son ombre,
955
Se reculer du but au lieu de s’approcher,
Pour conserver un bien que l’on prise si cher,
Garder sa liberté, sa fortune, et sa race :
Il n’est rien d’impossible, il n’est rien qu’on ne face,
Jusqu’au dernier souspir on combat hardiment,
960
Mesme alors que le corps ne manque d’aliment,
Que le sang vigoureux boüillonne dans les veines,
Et que d’esprit encor elles sont toutes pleines,
Loing d’avoir à dompter des hommes affamez,
Des vaincus impuissans en leurs murs enfermez,
965
Parmy les corps plaintifs des enfants et des femmes,
De monceaux charongneux delaissez de leurs ames,
Parmy l’air pestilent, la frayeur des assaults,
Talonnez de la Parque, opprimez des travaux :
Pour moy, c’est mon avis, je trouve que ce siege
970
En longueur les accable autant qu’il nous allege,
Sauf l’opposition des meilleures raisons
Permises à chacun en ce que nous faisons,
Ainsi que le Printemps ne fait une hirondelle,155
Tous les esprits ne sont captifs d’une cervelle :
975
Et comme le cheval plus adextre, souvent
Ne laisse de chopper156, on se va decevant.
Humaine infirmité ! Mais, ô Bonté Diuine !157
Quelle troupe vers nous de Dames s’achemine ?
Je reconnoy ma Mere, et ma Femme, sus donc
980
Arme toy de constance inflexible, si onc
Contr’elle de constance. Ha ! l’amitié plus forte
Que tout autre respect me surmonte et m’emporte158 ;
Je les voy larmoyant, O pudique moitié !
Ne me provoque plus par tes pleurs à pitié,
985
Conforte toy d’espoir, et vous aussi ma mere,
Vous de qui j’ay receu la vitale lumiere,
Vous [que] sur tous j’honore159, et à qui tout je dois
Qui vous amene icy maintenant, dites moy ?
Coriolan
You Volscian lords, who do your republic proud,
Whose Olympian worthiness is well allowed,
This vital siege the Council calls us to pursue
940
Until, between the warring parties, one of two
Has lost, the Romans or ourselves--one bent on taking
Their wall-surrounded world, the other party staking
All on their defence: the outcome with certainty
Unknowable by any except destiny.
945
As far as human sense and knowledge can find out,
The capture of their stronghold hardly seems in doubt;
Whether compelled to give in quickly by attack
Or worn down by time, with less risk of loss and setback
(A course that spares blood, gains wisdom's approbation),56
950
The enemy must take the yoke with resignation:
He will have to agree to come to composition
Despite his resistance, along with his ambition.
Now, given the size of the force with which we're faced,
Proceeding by main strength appears to me a waste,
955
Like fighting shadows, advancing to fall behind.
When one fights for something so precious, one is blind
To dangers; for liberty, fortune, and one's race,
There is nothing impossible, nothing one will not face;
To the last gasp one struggles and will not relent--
960
As long as physically they still have nourishment
And vigorous blood boils undiminished in veins
That the rich plenitude of spirit swells and strains.
We are far from having to tame men who are famished,
Confined within their ramparts, enfeebled and vanquished,
965
Amid the children and women plaintively crying
And soul-abandoned carrion silently lying
In heaps--with fear of assaults, the pestilent air,
With Fate at their heels, worked harder than they can bear.
I judge that over time this siege will turn out grievous
970
And crushing for them, as much as it lightens us;
Such is my view--unless a better case opposing
Is made by someone as to what we are proposing:
Just as a single swallow does not make a spring,
One person's mind does not hold others on a string
975
And may go quite wrong, as often a horse more able
Loses all its bearings and cannot find the stable.57
Such is human weakness! But--blest divinity!
What troupe of women is making its way towards me?
I recognize my mother and my wife. Now then,
980
Arm yourself steadfastly, if ever you can harden
Yourself against her. Ah, affection that avails
More strongly than all else surpasses me, prevails;
I see them weep.58 O wife, model of modesty,
Do not provoke me further by your tears to pity;
985
Comfort yourself with hope, and you, my mother, too,
You to whom my homage for the light of life is due,
Whom I honour above all, to whom all I owe;
What now brings you to my presence? Let me know.
Volomnie
Le motif, mon enfant, de ma triste venuë,
990
Se lit assez empreint en ma face chenuë ;
Coupable tu le sçais, Helas ! Helas ! je vien
Pour faire resulter du mal un plus grand bien,
De la guerre une paix moyennant qu’il te plaise
Temperer de raisons ta cholereuse braise,
995
Qu’il te plaise oublier l’outrage injurieux,
Vers ta valeur commis d’un peuple furieux,
Commis d’un peuple ingrat, d’une Commune ignare
Envers son bienfacteur, son asile, et son phare.
Ores il se repent, il te crie mercy,
1000
Ores il émouvroit le cœur plus endurcy160,
De ses calamitez, de ses lugubres plaintes,
Ores tu te tiens vengé ses murailles enceintes,
Tu luy peux comme un pere après l’avoir puny,
L’oubliance impetrer des Volsques reuny,
1005
Tu le peux, et le dois, pieux et magnanime ;
Afin de t’acquerir une gloire sublime,
Afin de meriter de ces deux nations,
Equitable censeur de nos dissensions,
Je ne te voudrois pas conseiller (mal-aprise)
1010
De trahir ceux qui t’ont leur puissance commise ;
Non plus que de vouloir ton pays ruiner,
Tu dois fidel à l’un, à l’autre pardonner,
De deux extremitez moyennant un remede,
Au regard des vertus la clemence precede.
1015
Hé ! combien penses-tu que le sort plus cruel
Afflige nos cerveaux d’un soin161 continuel,
Travaille plus ta mere, et ta femme dolente,
Si ce mortel brasier de discord ne s’allente162,
Si (ce que les bons Dieux empeschent d’avenir)
1020
Ma priere ne peut qu’une honte obtenir ?
Desirer qu’à ton camp arrive la victoire,
Que le païs erige un trophée à ta gloire ;
C’est une impieté, c’est une trahison,
Souhaiter le contraire. Helas ! quelle raison ?163
1025
Tu es mon sang, ma chair, mes os, ma geniture,
Que j’affecte le plus par devoir de nature,
Aussi l’espoir osté d’appointer, n’ay-je pas
Resolu d’allonger jusque-là mon trépas,
Sur mon corps trépassé tu passeras en armes,
1030
Conduisant à l’assaut la fleur de tes gens d’armes,
Mon fils ne te resoûs à tant d’impieté,
Par ce sein qui ta bouche a petite allaité,
Par ces yeux éplorez de larmes continües,
Par les douleurs que j’ay mortelles soustenües164,
1035
En te mettant au jour par le chaste lien
D’un amour conjugal, et par cest enfant tien,165
Exauce je te prie, exauce ma requeste,
Et promets garantir nostre peureuse teste.
Tu ne me répons mot, tu pallis du remors,
1040
Ton cœur souffre agité de merveilleux effors ;
Hé ! mon fils. Ah ! mon fils de grace considere,
Qu’il ne faut pas toûjours ceder à sa colere,166
Ce que j’ay fait pour toy : Venez et l’embrassons,
Et s’il nous éconduit, à ses pieds trespassons,
1045
Que sa rigueur ensemble implacable nous tuë,
Que sur nous sa vengeance entiere s’effectuë.
Volomnie
My motive, my child, for coming thus in sorrow
990
This old white head of mine may all too plainly show.
The fault is yours, alas, as you well know. My coming
Has the aim of causing from evil good to spring,
From war, a peace, on condition it may please you
To temper those fiery thoughts that now seize you
995
With reason; that it may please you to overlook
The insulting actions the raging people took
Against your merit--ignorant ingrates, to slight
Their benefactor, their refuge and guiding light!59
Now they cry to you for mercy, now they repent,
1000
Now they would stir your heart, less inclined to relent,
With their calamities, their plaints dolefully sounded.
Now, your vengeance achieved, you hold their walls surrounded;
You may, father-like, having given punishment,
Render them a benefit: the Volsces indulgent.
1005
You may and you must,60 pious and magnanimous,
That your renown may shine sublime and glorious,
That you may gain the thanks equally of each nation
By judging our disputes with even arbitration.
I would not, like a fool, counsel you to betray
1010
Those who have engaged their army under your sway--
No more than to seek your country's calamity.
You must offer pardon, maintain fidelity,
Between two extremes, find a mid-way to proceed:
When it comes to the virtues, mercy takes the lead.
1015
Ah, do you not see how dread of the cruellest fate
Keeps our minds ever-churning in an anguished state,
And more will pain your mother and your grieving wife,
If there is no dousing this deadly blaze of strife,
If--but such an outcome may the great gods forfend!--
1020
My prayer is shamefully rejected in the end?
To hope that your camp may gain the victory,
That this nation erect a trophy to your glory:
That is stark impiety; that is mere treason.
But to wish the contrary? Alas, for what reason?
1025
You are my blood, my flesh, my bones--in short, my son,
That which I love most by natural obligation.
So, if all hope is lost of achieving a peace,
I have determined not to defer my decease:
Across my dead body with armour on your back
1030
You will lead your choice soldiers on to the attack.
My son, do not descend to such impiety!
By this breast at which your small mouth sucked milk from me,
By these eyes my tears have drained to the point of dearth,
By the mortal pains this woman felt at your birth,
1035
Bringing you into the world by the chaste amours
Of the bond of wedlock, and by this child of yours,
Accord, I pray of you, accord me this my plea,
And promise to maintain our fearful lives in safety.
You reply not a word, you turn pale with remorse;
1040
Your heart travails, shaken by superhuman force.
Ah, my son; ah, my son--take the pitiful path;
Know that you need not always forfeit to your wrath
All I've done for you. Come, embrace him and entreat--
And if he denies us, let us die at his feet;
1045
Let his stony harshness together kill us all;
His vengeance entire--upon us let it fall.
Coriolan
Ah ! Mere, Qu’as-tu fait pour sauver ton païs,
Ma vie et mon honneur, cruelle tu trahis,
Pour luy tu as vaincu une victoire heureuse,
1050
Mais à ton sang dompté fatale, et funereuse,167
Suivez-moy, je vous veux en secret conferer,
Quand, et comment le camp je feray retirer.
Coriolan
Ah, mother, what have you done to rescue your nation?
My honour and life you betray to ruination;
For your country a victory happy and real,
1050
But to your tamed offspring fatal, funereal.
Follow me. I will in secret with you converse
As to when and how I will make this camp disperse.
Volomnie
O parole pieuse et du Ciel inspirée !
Tu nous es secourable autant qu’inesperée.
Volomnie
O power of pious speech, which heaven inspires!
More precious when beyond hope you grant our desires.
Le Conseil
1055
Vaincu d’affection ce murmure à l’écart
Ne nous presage rien de meilleur qu’un depart,
Que de lever moquez le siege d’une ville
A l’extréme reduite, et peu s’en faut seruille168,
Ville qui n’avoit plus d’espoir de se sauver,
1060
Comme nous desormais de pouvoir captiver,
Souffrir qu’un estranger nous trahisse en la sorte :
Mais qui resisteroit la contrainte si forte ?
Il y a plus en luy de pieté beaucoup,
Que de mauvais vouloir169 executant ce coup.
Council
1055
Vanquished by affection! This murmuring apart
Means nothing better than that we will soon depart.
To raise--and be mocked for it!--the siege of a city
So close to submission, reduced to extremity,
A city that had no greater hope of making it
1060
Than we now possess any power of taking it.
To endure that a stranger should thus do us wrong!
But then, who could hold out against constraint so strong?
The depth of his piety he gives us to know,
Rather than his malice, in dealing us this blow.
Coriolan
1065
Ma Mere, tenez-vous de la chose asseurée,
Bien que vous la jurant ma perte est conjurée,
Retournez delivrer ces ingrats de soucy,
Puis qu’à vostre depart l’avez remis ainsi.
Coriolan
1065
Mother, you may reckon it as something assured,
Though, even as I vow it, my ruin is procured.
Return and deliver those ingrates from their fear,
Since you made that agreement before coming here.61
Volomnie
Ils ne croiroient (mon fils) d’un autre la nouvelle,
1070
Mon sejour en ton camp les tiendroit en cervelle170.
Jupiter protecteur te conserve, attendant
Que nous te reverrons, te garde d’accident.
Volomnie
Son, they would credit it from no one in my stead;
1070
My stay in your camp must be filling them with dread.
May Jupiter the Protector guard you, until
We see you again, and preserve you from all ill!
Coriolan
Ne l’esperez plustost qu’en l’Herebique salle171,
Adieu ma Mere, Adieu ma Compagne loyalle.
Coriolan
Do not hope for that till Erebus holds my life
Below.62 Mother, adieu; adieu, my faithful wife.
Volomnie
1075
Helas ! de ce soupçon tu me navres le cœur,
O Dieux ! Grands Dieux du Ciel ! faites qu’il soit mocqueur.
Volomnie
1075
Ah, with that thought you throw my heart into confusion:
O great gods in heaven--may it prove vain illusion!

Acte V

Act V

Scene I172
Scene I
14

Coriolan,

15

Coriolan,
Page.

15

Page.

Coriolan
Glacé, pâle, tremblant d’une crainte inconnuë,
Ma resistance est vaine, et ma constance est nuë,
Cent presages mortels m’environnent les yeux
1080
Fermez toute la nuict aux somnes gracieux,
De spectres agitez, de larvalles figures173,
De gemissemens longs, effroyables augures ;
Tantost d’un peuple émeu je sentois le cousteau
Mes entrailles percer, imployable bourreau ;
1085
Maintenant il sembloit en mon ame égarée,
Conjointe au nombre espoix d’une troupe aërée,
Pour neant reclamer la peine de Charon,
Luy offrir le passage à passer l’Acheron174,
Sur ce bord [negligée] errante et forcenée175,
1090
Comme celles qui ont forcé leur destinée,
Un cry de ces oyseaux prophetes de malheurs,
Traisné jusques au jour augmentoit mes douleurs,
Et le jour paroissant, Phœbus comme malade
Semble me decocher une sinistre œillade,
1095
La terre sous mes pieds mugit à chaque pas,
Scrupuleux argumens à qui craint le trépas,
Celuy-mesme, celuy qui darde son orage,
Ne sçauroit m’étonner d’un si foible presage,
Horsmis un ennemy de mes gestes passez,
1100
De mes Lauriers vainqueurs l’un sur l’autre entassez,
Qui souffle la fureur au sein d’une commune,
Réveillant les tisons d’une vieille rancune,
Il ne me peut plus voir des Volsques preferé,
Reprochable d’un crime à leurs yeux averé,
1105
Contenir neantmoins le frein de ma vaillance,
Ce qu’il a contre moy conceu de mal-veillance,
Imputer mon offense à une pieté,
Plus à me pardonner, qu’aux rigueurs appresté176 ;
Luy seul époinçonné d’une jalouse envie,
1110
A tel prix que ce soit me veut oster la vie.
Qu’il le face, tousjours il nous convient mourir ;
Laisser les loix sur nous de la Parque courir,
Ou de l’âge assommez, ou d’une mort contrainte ;
Mais cest homme hasté me regele de crainte.
Coriolan
Chill, pale, and trembling with a fearfulness unknown –
Resistance is vain, my constancy overthrown;
A hundred mortal presages my eyes encumber,
1080
Closed the whole night through to the grace of gentle slumber:
Perturbed and restless spirits, faces of the dead,
With long lugubrious groans, auguries of dread.
Sometimes I felt my bowels stabbed by an angry mob,
An executioner who fiercely did his job;
1085
Then my cast-off spirit seemed far and wide to stray,
Joined to the crowded ranks of an airy array,
Imploring all in vain the services of Charon
To provide it with passage across the Acheron;
Neglected on the bank, wandering in a craze,
1090
Like those who have hastened the ending of their days.
A cry of those birds who are prophets of mischance,
Prolonged until the dawn, increased my sufferance,
Phoebus, at daybreak, as if with illness awry,
Seemed to lower on me with a sinister eye;
1095
The very ground groaned at every step of mine.
For one who fears death, that makes many a sure sign.
Not the Great One himself, in thundering perdition,
Could frighten me with such a feeble premonition.
But there's an enemy, spawned by our former quarrels,
1100
The towering height of my victorious laurels,
Who fans the fury deep within the city's core,
Rekindling the embers of an ancient war;
He can stand it no more that for the Volsces I'm
The favoured leader, despite my apparent crime,
1105
Nor that my valour still imposes a restraint
On the malice conceived against me for that taint,
Makes it that my fault to piety is imputed
And I will likely be pardoned, not prosecuted.63
He alone, driven by emulous jealousy,
1110
At all costs aims at purloining my life from me.
Then let him! To die becomes us on any day,
To let the laws of Fate above us hold their sway,
Whether put to sleep by age or in full career--
But this man who comes in haste freezes me with fear.
Page
1115
Les Seigneurs du Conseil vous mandent assemblez,
Page
1115
You are summoned by the Lords of Council assembled.
Coriolan
Rasserene, coüard, ores tes sens troublez,177
Va trouver resolu ton salut, ou ta perte,
Certes toûjours d’un los immortel recouverte.
Coriolan
Now calm, you wretched coward, your senses that trembled!
Resolve now to find safety or to tumble down:
Then are you sure to wear immortal glory's crown.
Scene II178
Scene II
16

Amfidie,
Coriolan,
Conseil,
Le Chœur des Volsques.

16

Amfidie,
Coriolan,
Council,
Chorus of Volsces.

Amfidie
Je prens les Cieux témoins [et] la lampe du jour179,
1120
Qu’à l’endroit du païs un charitable amour,
Mon honneur outragé, qui sembleroit complice
De cest incomparable, et traistre malefice,
M’induisent malgré moy d’accuser ce meschant
De nostre nation la ruine cherchant,
1125
Fardé dans le courage, hypocrite, infidele,
Qui faisoit nostre erreur servir à sa querelle,
N’attendant qu’un rappel de son bannissement,
Par quelque trahison commise impunément,
Quelque dommage insigne, au peuple qui credule
1130
Recevoit ce serpent avorté de Romule,
Le premier abusé, j’ay rencontré l’escueil,
Fait confirmer sa charge à ce mesme Conseil,
Cedé ma préminence, estimé sa parole,
(L’homme de bien aussi jamais ne la viole)180
1135
Un Oracle, plustost qu’un tesmoignage humain,
Qu’il seroit ennemy mortel du nom Romain,
Irreconciliable, ardent à la vengeance,
D’un grand cœur offensé merveilleuse allegeance :181
Ce perfide au rebours aise de nos malheurs,
1140
Lâchement suborné de feminines pleurs,
Pour la deuxiesme fois a levé nostre siege,
Execrable forfait, pire que sacrilege,
Forfait que dût la flame avoir ja châtié,182
Sans ouïr ses raisons, sans aucune pitié,
1145
Que n’attenteroit-il d’oresnavant de faire ?
Nous livrer pieds et poings liez à l’adversaire,
Tout ce que j’en ay dit, Ha ! le voicy venir,
A peine de fureur me puis-je contenir.
Amfidie
The Heavens may witness, the sun that shines above,
1120
That love for our country, a charitable love,
And my offended honour, which might be suspected
Of being by this monstrous treachery infected,
Lead me despite myself to make this accusation
Against a man who seeks the ruin of our nation,
1125
Pranked up with courage, hypocritical, disloyal,
Who made our faulty judgement serve his private quarrel,
Awaiting nothing but repeal of banishment
To practise some treason, immune to punishment,
Some flagrant harm against that people who, credulous,
1130
Accepted this abortive serpent of Romulus.
The first to be abused, I shipwrecked on the shoal,
Urged this very Council his command to enrol,
Gave up preeminence, took his word for a token--
For by a man of worth it will never be broken--
1135
Sent from an Oracle, not merely something promised,
That he would become Rome's deadly antagonist,
Unreconcilable and burning hot for vengeance,
(Most welcome assuagement of a great heart's offence).64
Yet, pleased by our ills, this pattern of perfidy,
1140
Basely suborned by tearful femininity,
Has countermanded our siege for the second time--
An act worse than sacrilege, an odious crime,
One that should already have been punished by fire--
No mercy due, no need his reasons to enquire.
1145
As to what he has in store at this point, who knows--
To deliver us bound hand and foot to our foes?
All that I've already said--but, ha, he's coming now;
To hold in check my fury, I hardly know how.
Le Conseil
Escoutons informé qu’il aura de defense
1150
Contre l’objection d’une si grande offense.
Council
Let us hear, assured that he will have a defence
1150
Against the accusation of such an offence.
Amfidie
Nostre Communauté te fait commandement,
De déposer ta charge en ses mains promptement,
Afin du tort, ou droit maintenant rendre conte
De choses dont pour toy le Ciel rougit de honte,
1155
D’excés pendant icelle infinis perpetrez,
Nos desseins, nos labeurs par ton moyen frustrez :
Regarde (obeïssant) doncques de te demettre
D’un pouvoir absolu, qui ne veut point de traistre.
Apres il conviendra me respondre accusé,
1160
D’un pouvoir dont tu as lourdement abusé.
Amfidie
Through us the entire community commands
That you yield your power at once into its hands,
That you now give account of the wrong--or the right--
Of an affair that makes Heaven blush at the sight,
1155
The infinite outrages you have perpetrated,
Our efforts, our designs, by your actions frustrated.
Take care, then, to put off, with due obedience,
Your high office, which is no traitor's recompense.
Next, it behooves you to respond, by me accused,
1160
For the authority you have gravely abused.
Coriolan
Comme du gré de tous183 j’ay la charge acceptée,
Je la rendray m’estant du gré de tous ostée.
Je ne differe point de dire hautement,
Tout ce qui s’est passé sous mon gouvernement,
1165
En rendre conte à vous, et à ceux de la ville.
Qui sçavent s’il leur fut dommageable ou utille184.
Coriolan
As with the consent of all I took on the charge,
I'll yield it when deprived by your consent at large.65
Without delay let me declare each incident,
All that has taken place under my government,
1165
And give account of it to you and to this Council,
Best judges whether it has done them good or ill.
Amfidie
Homme double de cœur, ingrat cent et cent fois,
Inventeur de ruines, et refractaire aux loix,
Qui t’a meu d’arrester le cours de nos trofées ?
1170
De nous entretenir des guerres étouffées ?
Qui la premiere fois te permit d’accorder
Une tréve aux Romains, sans nous le demander ?
Levant le siege alors que de crainte esperduë
Leur ville s’en alloit en peu de jours renduë.
1175
Pourquoy depuis as-tu de pouvoir absolu,
Avec eux une paix honteuse resolu ?
Nostre siege levé, abusant d’une armée
Capable de courber dessous la Renommée185
L’univers effroyé, non pas une Cité ;
1180
Dy nous traistre, qui t’a de ce faire incité ?
Si c’est recognoissant l’honneur que nous te fismes
Quand une telle flotte en tes mains nous te mismes ?
Que moy-mesme portay la parole pour toy,
Dépesche, sans forger des ruses, respons moy ?
Amfidie
Double-hearted man, over and over an ingrate,
Plotter of ruins, refractory to the state,
With the course of our victories why have you trifled,
1170
Maintained our wars in breath, which are suddenly stifled?
Whoever in the first place gave you a commission
To grant the Romans a truce without our permission--
Raising the siege just when, in fearful desperation,
Their city would in days have sought capitulation?
1175
Why since then have you used your power absolute
To offer them a peace, a shameful one to boot?
Why have you raised our siege, treating with abuse
An army that could, beneath its renown, reduce
The daunted universe, not just a single place.
1180
Tell us, traitor, what impelled you to such disgrace--
If that is how you've chosen to offer us thanks
For the honour of giving you charge of such ranks,
With myself speaking out for your candidacy?
Make up no ruses now, be quick and answer me!
Coriolan
1185
Vous plaise mes raisons ouïr en patience ;
Il ne se trouvera de certaine science,
Que j’aye rien mépris, que de déloyauté
Reprochable je sois vers la Communauté.
Rome au commencement de la guerre entreprise,
1190
Prendre onc je n’esperay, ny vous qu’elle fût prise,
Nostre but n’y tendoit, nous n’avions volonté,
Leur puissance affoiblie, et leur orgueil dompté,
Sinon de retirer vos places detenuës,
Pactions avec eux de ma part convenuës,
1195
Promesse executée avant que retourner.
Coriolan
1185
May it please you all, patiently hear me explain.
It shall not be found, I positively maintain,
That I have showed contempt, that of disloyalty
To the nation I may at all be counted guilty.
Rome, at the outset of the war we undertook,
1190
I never hoped to capture, nor did ever look
To take it: neither did you; no higher we aimed,
Once their strength was sapped and arrogance was tamed,
Than to take back the places of yours that they held;
After discussion, such arrangements I compelled
1195
Them to perform before I left: I kept my word.
Amfidie
Tu as donc là voulu nos victoires borner ?
Amfidie
So in that limit to our triumphs you concurred?
Coriolan
J’ay douté186 le hazard des armes journallieres.
Coriolan
I feared to run the risk of fighting day by day.
Amfidie
Quel hazard en des murs leurs forces prisonnieres ?
Amfidie
What risk did you run, their strength confined in that way?
Coriolan
L’extréme desespoir d’un ennemy vaillant,
1200
A produit de grands maux au vainqueur insolent.
Coriolan
The extreme despair of valiant foes in arms
1200
To an insolent conqueror has caused great harms.
Amfidie
La trahison d’un chef estranger plus à craindre,
Aux credules souvent apporte dequoy plaindre.
Amfidie
A foreign leader's treason, greater cause for fear,
May call forth the complaints of those who gave him ear.
Coriolan
Veulent les Dieux benins, que vous n’ayez jamais
Dequoy vous plaindre plus que d’une telle paix.
Coriolan
I pray the benignant gods never to increase
Your causes of complaint further than such a peace.
Amfidie
1205
N’as tu (sollicité de prieres de femmes)
A nostre armée enjoint une retraite infame ?187
Amfidie
1205
Did you not, listening when women did entreat,
Impose upon our army a shameful retreat?
Coriolan
Las ! je ne sçache aucun de vous qui n’eust fléchy,
Et par la pieté de son devoir gauchy.
Coriolan
Alas, I know none of you who would not have bent,
Piety deflecting his dutiful intent.
Amfidie
Vous voyez qu’il confesse à plain sa perfidie.
Amfidie
You see how his perfidy he frankly admits.
Le Chœur
1210
Le traistre n’a que trop nostre teste estourdie
D’inutiles discours, trop merité la mort,
Que nous luy donnerons sur le champ d’un accord.
Chorus
1210
The traitor has only too much fuddled our wits
With pointless speeches, has too well deserved the death
We'll give him instantly with our united breath.
Coriolan
Au secours mes amis, à l’aide, on m’homicide.188
Coriolan
Rescue, my friends, they're killing me! Help me, come on!
Le Chœur
Trebuche déloyal au fleuve Acherontide189,
1215
Va trahir de Pluton les Manes si tu peux.
Chorus
Plunge down, false one, into the river Acheron!
1215
Double-cross the shades of Pluto, if you're so wise.
Coriolan
Arrestez Citoyens, où avez-vous les yeux ?
Coriolan
Stop, Citizens – can you not see? Where are your eyes?
Le Chœur
Te voilà guerdonné d’un merité salaire,
A qui voudra t’ensuivre effroyable exemplaire ?190
Chorus
Now there you are, well paid the wages you deserve;
As a dread deterrent to your kind you may serve!
Amfidie
Le peuple n’a rien fait, justement mutiné,
1220
Qu’executer du Ciel un Arrest destiné,
Ne se voulant Tyran deposer de l’Office,
Il l’y devoit contraindre avec ce sacrifice,
Loüez-le donc de l’acte, au lieu de le blâmer,
Au lieu de le cuider de propos reprimer.
Amfidie
The people have done nothing in just mutiny
1220
But execute the heavens' fore-ordained decree.
Since, like a Tyrant, his power he would not cede,
They've forced him to it with this sacrificial deed.
Therefore praise the act, which deserves your full acclaim,
And do not consider expressing any blame.
Le Conseil
1225
La forme de justice à loisir observée,
Tous sa punition eussent lors approuvée.
Council
1225
Had the form of justice been followed in due course,
All would have then approved his punishment by force.
Amfidie
Au contraire, on luy eust permis en ce loisir
D’attenter quelque fraude en son meschant desir,
Esquiver du supplice, et ses armes tournées,
1230
Nous faire desister nos poursuites trainées ;
Il n’est que d’appliquer au chancre191 commencé,
Le cautere premier qu’il soit plus avancé.
Amfidie
Not so, he would have been allowed by that respite
To try out some trick spawned by his villainous spite--
To escape execution, and, his arms reversed,
1230
Make us halt our pursuit after much ground traversed;
This is merely to apply, the ulcer begun,
Sooner, and not later, the treatment of hot iron.
Le Conseil
Que sert le repentir en une chose faite ?
Mais pour rendre sa faute encore plus suspecte,
1235
Procurons un cercueil honorable à son corps,
Des vertus qu’il avoit, non des vices recors192.
Council
When something is finished, second thoughts come too late:
But to make his error appear less reprobate,
1235
Let us procure his corpse an honourable bier,
By which his virtues, not his vices, shall appear.66
Amfidie
J’approuve volontiers cest avis magnanime,
L’injure aux trépassez est un enorme crime.
Amfidie
I approve what you have magnanimously said;
It is an enormous crime to insult the dead.
Scene III193
Scene III
17

Volomnie,
Messager.

17

Volomnie,
Messager.

Volomnie
Comme du vent la fueille, et le flot, dés long-temps194
1240
Mes pensers d’un effroy s’agitent inconstans,
Mon chef dressé d’horreur195, et mon sang pris de crainte,
Ouvre les yeux aux pleurs, et la bouche à la plainte,
Je ne puis, je ne puis d’espoir me rasseurer,
Je ne puis rien de bon pour mon fils augurer ;196
1245
Développé d’un banc197, un gouffre le menace.
Sujet ainsi qu’il fut à une populace,
Sujet à rendre compte à un peuple estranger,
En quoy plus perilleux je prévoy son danger,
De ce qui [s]’est obmis198 en sa charge passée,
1250
D’une paix à quoy l’a ma priere forcée,
Aux Volsques dommageable, aux Volsques qui pouvoient
Mieux user contre nous des armes qu’ils avoient,
Nous prescrire assiegez, et faillis de courage,
Telles loix qu’un vainqueur donne à son avantage :
1255
Helas ! mon cher enfant, ta grande pieté,
Sera (je le crains bien s’elle ne l’a esté)199
Cause de ton desastre, et auras debonnaire,
Mieux aymé le trépas certain que me deplaire,
Tu auras mieux aymé à la Parque courir,
1260
Que le blâme impieux de ma bouche encourir.
Il me souvient, helas ! il me souvient encore,
Une frayeur toûjours depuis me rememore
Ceste prediction, qu’à l’Adieu tu nous fis,
Prophete malheureux de ta perte (mon fils)
1265
Le front pâle, la voix en sanglots élancée,
Tu nous dis découvrant le fond de ta pensée,
Ouy, fermant nostre Adieu de larmes tu nous dis,
N’esperer nous revoir qu’au Royaume de Dis200.
O Filandieres sœurs201, je vous prie à mains jointes,
1270
Si son cœur a senty vos funereuses pointes,
Premier que de souffrir une plus dure mort,
Par quiconque voudra me faire ce rapport,
Outre-percez le mien ministres infernales,
Avec le mesme effort de vos fleches fatales,
1275
Favorisez-moy tant ; mais, que vois-je avancer ?
Et ses yeux égarez deçà, delà lancer ?
Ha ! c’est fait, il m’a veuë, et d’une sombre œillade
L’esclandre confirmé que je me persuade.
Approche Messager, approche, c’est à moy,
1280
Que ton front se pâlit sçavant de mon émoy.
Volomnie
Like a leaf in the wind or a blustery sea,
1240
My thoughts with fright have long been tossed inconstantly;
My head in horror bristling, my blood seized with fears,
Open my mouth to wailing, my eyes to shed tears.
With hope I cannot, cannot, set my heart at ease,
Disaster for my son--no less--my mind foresees.
1245
One shoal he averted, but a gulf opened wide,
Subject as thus he was to the popular tide,
Subject to account to a populace of strangers
(For which, in my view, the more pressing are his dangers)
For failing to perform as his mission required,
1250
For a peace which my prayerful entreaty inspired--
Harmful to the Volsces, to the Volsces who might
Better have wielded the arms they brought to the fight,
Dictated to us, under siege, our will worn down,
Such laws as a victor assigns a conquered town.
1255
Alas, my dear child, your surpassing piety
I fear already has been, but will surely be
The cause of your disaster, and, kind beyond measure,
You will have preferred certain death to my displeasure:
You will have preferred embracing your Destiny
1260
To having my blame, committing impiety.
I remember, alas, I remember once more--
Ever since then I dwell upon, and I abhor--
The grim prediction that you made at our Adieu,
Sadly foreknowing, son, I would be losing you:
1265
Your forehead pale, your voice in gulping sobs upsurging,
You said aloud, and so revealed your deepest urging--
Yes, closing our Adieu with tears, you told us then,
Only with the dead could we hope to meet again.
O Fate-weaving sisters, I clasp my hands and pray,
1270
If his heart has felt you piercing his life away,
Sooner than endure a death of more painful sort
From whatever messenger brings me that report,
Transfix my own, you dismal ministers of hell,
Use the same force with which your fatal arrows fell.
1275
Do me so great a favour! –-But, who here advances,
Casting his wild eyes about with distracted glances?
Ha, it is done! He has seen me, and with a dark stare
Confirmed the horror of which I am well aware.
Approach, Messenger, approach; to me you address
1280
Yourself, your forehead turning pale for my distress.
Messager
Madame, c’est à vous que Fortune cruelle
Adresse par ma bouche une horrible nouvelle.
Messenger
Madam, it is you that cruel Fortune pursues,
Imparting by my mouth her most terrible news.
Volomnie
Raconte hardiment un mal imaginé ;
Le Ciel n’est d’aujourd’huy à me nuire obstiné.
Volomnie
Boldly recount the evil present in my mind;
It is not just from today that Heaven proves unkind.
Messager
1285
Vostre fils massacré, autrefois nostre Alcide,
A d’un peuple saoulé la fureur homicide.
Messenger
1285
Your son has been murdered, who was once our Alcides,67
To slake a crazed multitude's homicidal frenzies.
Volomnie
O peur trop veritable ! ô trop cruels destins !
O malheurs oppressans de fortune incertains !
Fresle, foible faveur d’un vulgaire muable,
1290
Mais au discours fais-moy ce meschef plus croyable.
Volomnie
O fear too true! O destinies merciless!
O the doubtful ills of fortune, how they oppress!
Fragile, tenuous favour of the fickle crowd!
1290
But make me believe this mishap: speak it aloud.
Messager
Les Volsques assemblez, mal contens de l’accord,
Avoient de ce Heros ja conspiré la mort,
Une partie au moins par celuy suscitée,
Qui voyoit envieux sa gloire supplantée,
1295
Son credit amorty, comme prés le Soleil
Du firmament voûté les Astres n’ont point d’œil,
Amfidie est le nom de ce jaloux d’Empire,
Qui traistre dés long temps cherchoit à le destruire,
L’accuse en plein Conseil, et le cite accusé,
1300
Que de l’autorité supréme déposé,
Il eust à rendre conte à l’instant de la charge,
Des crimes se purger dont le peuple le charge,
Coriolan craignant, d’autorité privé,
Dessous luy se trouver ainsi qu’homme privé,
1305
Proteste que du gré de tous la charge prise,
Il ne s’en demettroit estant de tous commise ;
S’efforce neantmoins d’appaiser leur courroux,
Par le miel distilé de sa langue plus doux ;
De fait les principaux demonstroient au silence
1310
N’estre point envers luy portez de malveillance,
Que le respect gravé de ses rares vertus
Obtiendroit un oubly des crimes ramantus,
Faveur de l’ennemy connuë et redoutée,
Qui soudain à sa troupe assassine apostée,202
1315
Recourant mutiné l’encourage au delit,
D’audace, de fureur, et d’ire [la] remplit203,
Helas ! defendez-moy de dire ce qui reste.
Messenger
The Volsces assembled, ill-content with the pact,
Already had scripted the Hero's final act--
A part of them, at least, instigated by him
Who, envious, perceived his glory was now dim,
1295
His fame overshadowed, as, close to the sun's light,
The stars of the vaulted heavens do not shine bright.
His name is Amfidie, jealous of domination,
Who traitor-like had long designed his ruination.
Accusing him in full Council, he takes the stand
1300
That he must be deprived of the supreme command,
Then justify his orders, at once and at large,
To purge the crimes the people now lay to his charge.
Coriolan fearing, stripped of authority,
Helpless subjection to the other's enmity,
1305
Protests that, granted power with their whole consent,
He would not resign it without all in agreement;
He tries nonetheless to allay their sense of wrong
With honeyed words distilled from his most gentle tongue.
Indeed, those preeminent made clear by their silence
1310
That they were far from harbouring spiteful intents,
That his singular virtues, so deeply respected,
Would drown in oblivion those crimes recollected.
Suddenly, the other, fearing him back in grace,
To his troop of assassins already in place
1315
Runs in revolt, urges the crime that they conspire,
Fills them with audacity, with fury and ire.
Alas! Forbid me to continue with the rest.
Volomnie
Je n’ay que trop compris de ton discours funeste,
Il est mort, je le voy sous un peuple atterré
1320
L’estomach de cent coups, et de cent enferré,
Ores environné d’une mortelle glace,
Je voy ce corps guerrier estendu sur la place,
Dépouïllé de son ame, et privé de couleur.
O dueil insupportable ! ô rage de douleur !
1325
O Mere parricide ! O Mere criminelle !
De ton sang innocent, execrable bourrelle.
O Dieux ! ô Dieux cruels ! que vous avez produit
De ma peine pieuse un detestable fruict !
Chetive ! pour sauver le sac de ma patrie,
1330
J’immole mon enfant, j’ay ma race meurtrie ;
Au moins que je le visse, et qu’il me fust permis204
De plorer sur son corps captif des ennemis,
De composer ses yeux, et luy baiser sa bouche,
Puis le lit luy donner, où les defuncts on couche,
1335
Et qu’il me fût permis tout mort de luy parler,
De fantasques regrets ma perte consoler ;
Aucun autre que moy ne luy promet des larmes,
Son païs sent encor le trenchant de ses armes,
Se souvient de n’avoir peu sa haine plier,
1340
Et qu’à moy seul il doit le bien fait singulier.
Il me doit ce bien-fait, et je luy dois la vie,
Que je l’ay flechissant pitoyable ravie.
O chere geniture ! ô unique soulas !
Croy que le Stix205 ne peut de ses neuf entre-las
1345
Empescher que bien-tost je ne te sois rejointe,
Des regrets de ta mort jusques à l’ame épointe,
Courbante sous le faix d’un âge langoureux,
A qui la terre nuit, et le Ciel rigoureux,
Qui n’espere appaiser de complaintes tes Manes,206
1350
Mais bien de ma presence aux rives Stygianes207,
Et que mon dueil n’estant pour ce faire assez fort,
En un coup genereux je trouveray la mort208.
Volomnie
From your mournful speech I have only too well guessed:
He is dead; I see him by trampling feet laid low,
1320
His breast taking hundreds of stabs, blow upon blow;
And now, enclosed within a space of deadly chill,
I see that warlike body of his sprawling still
In the market-place, colourless, stripped of its soul.
O the rage of my pain! O grief beyond control!
1325
O mother steeped in crime, O mother and murderer!
Of your innocent blood the hateful torturer!
O gods, O cruel gods! What execrable fruit
Has it pleased you to bring forth from my pious suit!
Wretch! When I prevented my homeland's devastation,
1330
To my race I brought ruin, my child's immolation.
Might I at least see him–-were it permitted me
To grieve his body, captive of the enemy,
To kiss him on the lips, gently his eyes to close,
Then to offer him the bed where the dead repose.
1335
And might I be allowed to speak to him, though dead,
With wild laments to let my loss be comforted.
There is no one but myself who tears will devote;
His country still recalls his knife against its throat,
Remembers that it could not turn aside his hate,
1340
And that to me alone it owes this happy state.
This happy state it owes me; death to him I owe:
I cruelly took his life, when I made him stoop low.
O my one and only comfort, my dear offspring,
Suppose not that the river Styx, though nine times winding,68
1345
Can long prevent me from keeping you company;
Sorrow for your death to the soul has wounded me,
Bowed me beneath the burden of a weary age--
One to whom earth does harm and harsh heaven outrage.
Not with my complaints can your shade be satisfied:
1350
You require me to be below at your side,
And since my grieving cannot alone stop my breath,
In a blow--courageous, noble--I will find death.69
18

Fin

18

The end

Notes

1.
Communauté : dans la langue renaissante et classique, groupe d’hommes qui habitent en un même lieu. Le terme est ici synonyme de peuple. Les Volsques, peuple voisin des Romains et leurs plus farouches ennemis, sont installés au sud du Latium ; leur capitale est Antium, ville portuaire. C’est là que Coriolan trouve refuge durant son exil.
2.
Publicole : Valerius Publicola est une grande figure des premiers temps de la République romaine. Avec Brutus, il triomphe de Tarquin le Superbe et met fin à la royauté. Consul à plusieurs reprises, il incarne le dévouement à la cause publique et le renoncement aux intérêts personnels. Valerie, dont il est ici question, est la sœur de Publicola. Certains historiens la présentent comme la mère de Coriolan.
3.
Corival : rival.
4.
Acteurs : personnages, individus qui produisent l’action dramatique.
5.
Volomnie : mère de Coriolan. Certains historiens anciens donnent d’autres noms à la mère de Coriolan : pour certains, il s’agit de Valeria, sœur de Publicola, pour d’autres, de Veturia. Volumnia devient alors la femme de Coriolan.B : Velomnie [Le nom apparaît toujours sous cette forme dans l’édition de 1632]
6.
Licinie : tribun de la Plèbe. Plutarque et Denys d’Halicarnasse écrivent toujours Sicinius. Il est tout à fait possible que Hardy ait confondu ce nom avec celui d’un autre tribun de la Plèbe : Licinius Stolo, élu tribun entre 376 et 367 av. J.C. ; ce tribun est célèbre pour avoir défendu les droits de la Plèbe contre les patriciens, c’est celui qui impose qu’un des deux consuls romains soit pris parmi les Plébeiens. On peut très bien imaginer que la confusion ne soit pas involontaire ; en tout cas, elle donne un autre relief au personnage.
7.
Chœur des Romains : on remarquera le grand nombre des personnages collectifs : pas moins de cinq groupes sont représentés sur scène, si l’on compte les Ambassadeurs. Voir Introduction.
8.
Amfidie : roi des Volsques et ennemi de Coriolan. La plupart des manuscrits latins des Vies de Plutarque nomment ce personnage, Aufidius et c’est sous ce nom-là qu’il apparaît dans Shakespeare. En revanche, Alexandre Hardy suit une autre série de manuscrits grecs des Vies où le roi des Volsques porte le nom d’Amphidios, qu’il a peut-être rencontré dans une traduction française de Plutarque, faite par Georges de Selve, Vies de huit excellents personnages grecs et romans mises en paragon par Plutarque et en françois par feu R. Père Georges de Selve, évêque. À Paris, chez Michel de Vascovan, 1543.
9.
Verginie : femme de Coriolan. Il s’agit d’un rôle muet. À l’acte IV, l’enfant de Coriolan est présent, mais il ne parle pas lui non plus. Hardy semble fondre dans le même personnage, Virgilie et Virginie, autre femme illustre de la République romaine.
10.
La première scène se déroule dans la maison de Coriolan.
11.
Tourbe : foule populaire en émoi. Tourbe et Commune sont les deux façons de parler de la plèbe dans la pièce.
12.
A : Ne puniras-tu point l’audace criminelle ? / Et si des vertueux tu pris onc la querelle,
13.
Commune : populace.
14.
Corioles : une des principales villes du territoire volsque prise grâce au courage intrépide de Coriolan. Les consuls attribuent à Gaius Martius, le nom de Coriolan pour célébrer sa victoire. Les deux éditions donnent Carioles. Il s’agit vraisemblablement d’une faute de frappe.
15.
Hazards : au XVIIes., hasard désigne en particulier les périls de la guerre.
16.
A et B : « L’Antialte vaillant qu’elle rompit soudain, »Antialte : habitant d’Antium, capitale du royaume des Volsques. Plutarque précise que lors de la bataille de Corioles, les habitants d’Antium firent preuve de la plus grande ardeur guerrière. L’épisode du sauvetage n’apparaît pas à ce moment-là du récit chez Plutarque ; il s’agit, en fait, du premier exploit militaire et civique du jeune Martius lors de sa première bataille.
17.
Pâtis : pré, paturage.
18.
Ici Alexandre Hardy condense dans une seule bataille deux exploits différents de la vie de Coriolan.
19.
Arbre de Dodone : allusion à la couronne en feuilles de chêne attribuée aux vainqueurs à Rome. Le chêne est l’arbre sacré de Zeus-Jupiter dans le sanctuaire de Dodone, en Grèce. Les prêtres de Dodone interprétaient comme des oracles, le bruissement des feuilles de chène.
20.
Los : louange, mémoire des hauts faits. Mot très présent dans la langue poétique du XVIe siècle, il disparaît assez vite au siècle suivant.
21.
Roc Tarpeïan : la roche Tarpeïenne, falaise du Capitole d’où l’on précipitait les coupables de haute-trahison.
22.
Depite : fâché, en colère.
23.
A : Aux mensonges brassez qu’il voudra proposer, / Il me convient subir. Moy d’une telle race, / L’examen des Tribuns, de ceste populace / Son jugement attendre, ocieux à ce penser / Je rougis, je me deusse en la presse élancer,
24.
Hydre cent fois testu : hydre à cent têtes. La plèbe romaine est comparée au monstre combattu par Hercule dans les marais de Lerne. Il s’agit d’une image courante à l’époque, pour désigner le peuple rebelle et dangereux.
25.
Vaisseau … d’inconstance batu : autre image courante pour désigner le caractère dangereux de la république. Le vaisseau de l’État est malmené par les vents de l’opinion populaire, toujours changeants.
26.
A : Colonnie. On peut comprendre le vers ainsi : comme je le pense, sans calomnie…
27.
Ici entre Volomnie. Cette première rencontre entre Coriolan et sa mère n’existe pas chez Plutarque.
28.
Croire à ta passion : écouter sa passion, sa colère.
29.
Accoiser : apaiser.
30.
A : Moy, fléchir le genoüil devant une commune.
31.
Le vers a treize syllabes dans les deux éditions. L’adverbe « tant » est de trop.
32.
Colleres : colériques. Colère peut être adjectif dans la langue renaissante et classique.
33.
A : Donc tu lui fais de loin découvrir la venue.
34.
Ire débordée : colère excessive, dépassant la mesure.
35.
Gauchir : détourner, éviter.
36.
Aucunesfois… de son rang : Parfois, un roi sort de son rang, il accepte de s’abaisser.
37.
A : Ses forfaits dicimante, et prudent ne s’obstine,
38.
L’un et l’autre Indois : les deux Indes, c’est-à-dire l’Asie et l’Amérique.
39.
La seconde scène se déroule chez Coriolan puis sur le Forum à partir de la tirade de Licinie.
40.
Le tribun de la plèbe rappelle le point de départ du procès de Coriolan : Rome reçoit de Sicile une grande quantité de blés alors que la cherté des prix pousse la plèbe à la sédition. Le peuple s’attend donc à ce que le Sénat vote une distribution générale et gratuite de blé. Coriolan convainc le Sénat de ne pas céder aux attentes de la plèbe pour ne pas lui donner plus de pouvoir dans la vie politique romaine. L’opposition de Coriolan provoque la colère des tribuns et des plébéiens qui réclament le procès de Coriolan.
41.
Si l’on suit les règles classiques de l’alexandrin, ce vers a treize syllabes, mais la césure épique peut fonctionner : on ne prononce pas le « e » final de « fatigues » et l’on fait la liaison entre « fatigues » et « et ». Ce genre de césure, courante dans la poésie médiévale et dans la chanson populaire, existe encore chez les poètes de la Pléïade.
42.
Rebourse : rebelle, difficile à maîtriser.
43.
Aux fureurs… la course : ton âme rebelle n’ait ouvert la voie aux fureurs guerrières. Enyon est la déesse des combats dans la mythologie grecque.
44.
A : Desirant le courber sous ton obéissance.
45.
A et B : D’un office mauvais en un autre eschange,
46.
B : Loin de toute apparence et loin de vérité ?
47.
Par vous autres… : la périphrase désigne ici les Tribuns de la plèbe, en l’occurrence, ici, Licinie.
48.
Quirin : Romulus, fondateur de Rome, appelé aussi Quirinus.
49.
Ici Coriolan s’adresse au Sénat qui reste silencieux.
50.
Colliger : rassembler, recueillir.
51.
Clothon : une des trois Parques, celle qui tient la quenouille et qui tire le fil . Le fuseau désigne ici la pelote de fil symbolisant la vie de Coriolan.
52.
Peuple Romulide : le peuple romain, issu de Romulus.
53.
Espeure : effrayer, provoquer la peur.
54.
Hydaspes : fleuve situé sur le territoire actuel du Pakistan. C’est sur les rives de l’Hydaspe qu’Alexandre le Grand défait le roi indien Porus.
55.
A : Conviendroit en tes mœurs brutalement sauvages ?
56.
Coriolan est sur le chemin de l’exil.
57.
Ces vers font écho à un passage de Plutarque qui analyse la colère de Coriolan au moment de son exil : « Et voilà pourquoi celuy qui est cholere semble remuant et actif, ne plus ne moins que celuy qui a la fievre semble chaloureux, comme si l’ame, quand l’homme est en telle disposition, s’enfloit, se grossissoit et s’estendoit. » « Vie de Coriolanus », in Plutarque, Vies des Hommes Illustres grecs et romains, comparees l’une avec l’autre, par Plutarque de Chæronee, translatées de Grec en François par M. Jacq. Amyot Conseiller du Roy, et grand Aumosnier de France. Reveuës et Corrigees par lui-même, à Paris, chez Jacques du Puys, 1578, f.189 v.
58.
Funéreux : funèbre.
59.
Mon outrage assorty : comparée à mon outrage.
60.
Frères Thébains : Étéocle et Polynice, fils d’Œdipe et de Jocaste. Ils se firent une guerre mortelle pour obtenir le trône de Thèbes.
61.
La gent Latine : tous les peuples du Latium.
62.
Coriolan fait allusion à l’origine modeste du peuple romain, peuple de bergers nomades qui se fixent sur les collines de Rome et qui écrasent peu à peu les puissants royaumes du Latium.
63.
A : Qui comme il fut éclos, j’estouffe leur Empire ;
64.
A et B : Bref, de pertes qui n’ont qu’augmenté sa rancune,
65.
Lares : dieux protecteurs du foyer. Chaque maison possède un autel consacré aux Lares où l’on en appelle au droit sacré de l’hospitalité.
66.
La scène se déroule dans la maison d’Amfidie, à Antium, capitale des Volsques.
67.
Sœurs : les trois Parques, déesses qui président aux destinées humaines.
68.
Des Titans les monstrueux aprests : allusion à la révolte des Titans, fils de la Terre, contre la jeune génération des dieux olympiens. Ils tentent d’atteindre les dieux en entassant trois montagnes les unes sur les autres.
69.
Parricide : le terme désigne ici le meurtre de Rémus par son frère Romulus. Parricide vaut pour tous les crimes monstrueux.
70.
Roue Ixionnide : roue d’Ixion, un des célèbres condamnés des Enfers.
71.
Les hostes d’Amphitrite : périphrase désignant les habitants des mers.
72.
Frauduleux : faux et trompeur.
73.
La mélancolie d’Amfidie vient de la découverte que l’évolution des empires n’est pas régie par la providence divine mais par le hasard – la Fortune – qui ne tient pas compte de la qualité morale des hommes.
74.
N’aguere : il y a peu de temps.
75.
B : As-tu de m’aborder trouvé l’invention,
76.
B : Ainsi qu’une ame triste en supliant arive :
77.
Et flechir l’Acheron : invoquer la mort. Périphrase savante pour évoquer le suicide.
78.
A et B : Et flechir l’Acheron, les hommes n’estans sourds.
79.
Je te plege receu : je me porte garant que les Volsques t’accepteront parmi eux.
80.
Des ores : dès maintenant.
81.
A et B : Des ores, je l’adjure, atteint de tes miseres,
82.
Suspens : étonné, interdit.
83.
B : D’un vulgaire ennemy cause cet accident ? / Es-tu de sa morsure exemt jusques à l’heure ?
84.
Indifférents de coulpe en mon endroit : leur faute à mon égard ne diffère pas de celle du peuple.
85.
La scène se déroule sur le Forum de Rome.
86.
B : Glace le cœur d’un monde en ses murs enfermé.
87.
Hesperie : l’Italie. Hesperus était le frère du géant Atlas. Comme il s’était retiré en Italie, les Anciens baptisèrent ce pays de son nom.
88.
Aguerrie : habituée à la guerre, savante dans les techniques du combat.
89.
Nous déçoivent : nous trompent.
90.
A : Celuy qui meprisé nous bannismes n’aguere.
91.
A : Menace de ses freres nostre antique franchise,B : Menace de ses fors nostre antique franchise,On pourrait supposer une césure épique dans la version de 1625 ; le vers reste, malgré tout, peu compréhensible. Il faut sans doute remplacer freres par fers, comme le propose T. Allott.
92.
B : Incroyable prodige ! estrange et dur effet
93.
Il s’agit de la Fortune.
94.
Au charme naturel…du poisson : allusion au rémora, poisson doté de ventouses qui se colle sur les navires et dont on pensait qu’il avait le pouvoir d’arrêter un bateau en pleine mer. Le rémora est l’allégorie du méchant vicieux ou du péché véniel. Voir Piccinelli, Il Mondo simbolico, Venetia, Presso Paolo Baglioni, 1670, livre VI, chapitre XXXIV.
95.
A : Qu’il ne veule, obstiné, sa vengeance poursuivre,
96.
A : Prendre de bonne part remontrance quelconque,
97.
Ains : même, qui plus est.
98.
L’enfant d’Agenor : allusion obscure à Cadmus, héros grec et fondateur de Thèbes.
99.
A : Les membres divisez qu’envie un mesme corps ? Envier a ici le sens de « donner vie ». Ici Alexandre Hardy réduit en un seul vers la fable célèbre des membres et de l’estomac que raconte Ménénius Agrippa au moment de la révolte du mont Sacré, quelques années avant la vengeance de Coriolan. Voir Introduction, p. 20-21
100.
B : Qu’endommanger aux champs le traistre n’a permis.
101.
B : Pourquoi defendez vous que d’angoisseuses plaintes
102.
B : De croire qu’il n’ait point contre nous de fureur,
103.
Maltalent : volonté, désir de faire du mal.
104.
A : La discorde entre nous, plus forte r’allumer, B : La discorde entre nous, plus forte à allumer,
105.
A et B : Vous souvienne aveuglé quel est le personnage,
106.
A : « Qu’il guerroye de guerre autant que de courage, ». D’autres exemplaires de l’édition de 1625, issus d’un autre tirage, donnent « de ruse » ; l’édition de 1632 donne « d’astuce ».
107.
Pleige : se porter garant.
108.
Les Ambassadeurs entrent en scène. Il s’agit de la seconde ambassade que les Romains envoient auprès de Coriolan. Ils ont choisi pour émissaires, des proches du héros pour que celui-ci accède plus facilement à la clémence.
109.
B : Et plustost n’amortir l’ardeur de sa furie.
110.
B : Respirant la rancœur en sa veuë égarée,
111.
A : Subir vostre demande à hautain rembarée.L’ellipse du sujet est courante dans la syntaxe de Hardy.
112.
A : Sa gloire prévoyant au sepulchre devolte.Il s’agit ici d’un latinisme, on peut comprendre le vers ainsi : prévoyant que la gloire de Rome est vouée au tombeau.
113.
B : Qu’il nous conseilloit bien vuide de passion ;
114.
B : Qu’ainsy nous jouïrons de la paix desirée,
115.
B : Allons de nostre sang sa cruauté repaître,
116.
B : Allons l’épée au poing ses scadrons enfoncer,
117.
B : Encore que ce soit toute peine perduë, / Nous vous allons querir sa response attendüe.
118.
Busire : roi d’Égypte célèbre pour sa cruauté.
119.
Les deux scènes suivantes se déroulent dans le camp de Coriolan, sous les murs de Rome.
120.
B : Pourveu quand il leur plaist d’instrument de leur ire
121.
Ce bras : l’édition originale donne « le bras », celle de 1632, « ce bras ». Nous préférons la variante qui est à la fois plus claire et plus théâtrale.
122.
Comme l’ont annoncé les Sénateurs dans la scène précédente, cette troisième ambassade comporte à la fois les émissaires de Rome et les prêtres. Cette ambassade des prêtres est décrite par Plutarque mais elle n’a pas l’ampleur que lui donne Alexandre Hardy.
123.
B : Me conferer à part en affaire publique
124.
A : Faisant cesser le siege, ou le continuer :
125.
B : Ne vous avois-je pas notre armée interdite ?
126.
Temple de Janus : les portes de ce temple, situé sur le Forum, sont ouvertes en temps de guerre, et fermées dès lors qu’une paix est conclue.
127.
B : Ils sont coupables tous, et tous je les renonce,
128.
A : Ta vertu doit cherir en ce val terrien,
129.
Cette première scène de l’acte IV peut se dérouler sur le Forum romain.
130.
B : Outre que je croirois un signalé forfait ?
131.
Nos Majeurs : nos ancêtres, nos pères.
132.
B : S’ils entendoient là bas nôtre timide erreur :
133.
La tirade de Valerie développe les quelques lignes que Plutarque consacre à ce personnage : «… si luy print soudainement une émotion de volonté pareille à celle dont nous parlions n’agueres, et s’advisa non sans quelque inspiration divine, comme je croy, d’un bon expedient : » in Plutarque, op. cit., f.195 r.
134.
De là sus : là-dessus.
135.
La scène se situe dans la maison d’Amfidie à Antium.
136.
Gouffres de Tenare : les Enfers, royaume de Pluton qui est aussi le dieu de l’or. D’où l’allusion à l’avarice au vers suivant.
137.
B : Ravissez-moy plustôt à vôtre Prince avare :
138.
B : Et ne sçaurois souffrir compagnnon, ny seigneur.
139.
Amfidie fait référence à l’emblème de l’occasion : une femme qui n’a des cheveux que sur le devant de la tête. La figure signifie que l’on n’a aucun moyen de saisir l’occasion une fois qu’elle est passée.
140.
Les deux éditions donnent banc ; il faut évidemment corriger par ban, comme le fait déjà T. Allott.
141.
La scène se déroule dans la maison de Coriolan.
142.
A : Plus grande il ne se peut, Rome desesperée
143.
Allusion à la fondation de Rome par Romulus et Rémus qui furent retrouvés et nourris par une louve, alors qu’ils avaient été exposés dans la forêt.
144.
Ains au jour que mortels nous sommes respirans : Et même au jour que nous les mortels, nous respirons. Périphrase complexe pour désigner la vie.
145.
Le vers est faux dans les deux éditions.
146.
B : De nos Prestres sacrez l’inutile priere.
147.
A : Humble respectueux, enfant si debonnaire,
148.
Matrones Sabines : femmes du peuple sabin que les habitants de Rome avaient enlevées pour les épouser. Alors que Romains et Sabins entrent en guerre, elles s’interposent entre leurs compatriotes et leurs époux pour les forcer à la paix.
149.
A : « Le Volsque qui dispute avecque nous de l’Empire ». Il s’agit d’un vers irrégulier.
150.
A : « Qu’en excuses ainis, sans excuse amusées, ». Il s’agit là aussi, d’un vers irrégulier.
151.
Éconduite ou reçue, ma requête est terminée par la fin d’une guerre ou par un combat incertain.
152.
B : Le roc de son courage, et penetrant impetre, / Impetre le pardon des torts qu’on luy a faits,
153.
Bers : berceau. L’enfant de Coriolan est sans doute un mannequin représentant un nourrisson et non un jeune figurant comme le suppose T. Allott. Ceci expliquerait pourquoi le fils de Coriolan n’apparaît dans aucune liste de personnages, dont le but premier est de préciser aux acteurs leurs entrées en scène.
154.
La scène se situe dans le camp de Coriolan qui assiège toujours Rome.
155.
B : Ainsi que le Printemps ne fait une arondelle,
156.
Chopper : buter contre quelque chose.
157.
A : Humaine infirmite ! Mais, ô Bonté Divine !
158.
C’est dans cette scène que Hardy suit Plutarque au plus près. Comme dans la biographie, le héros descend de son siège et va à la rencontre des dames romaines : « il voulut du commencement perseverer en son obstinee et inflexible rigueur : mais à la fin vaincu de l’affection naturelle, et estant tout esmeu de les voir, il ne peut avoir le cœur si dur que de les attendre en son siege, ains en descendant plus vite, leur alla au devant et baisa sa mere la premiere, et la tint assez longuement embrassee, puis sa femme et ses petits enfans, ne se pouvant plus tenir que les chaudes larmes ne lui vinssent aux yeux, ny se garder de leur faire caresses, ains se laissant aller à l’affection du sang, ne plus ne moins qu’à la force d’un impétueux torrent. » in Plutarque, op. cit., f.195 v.
159.
A et B : Vous qui sur tous j’honore, et à qui tout je dois
160.
A : Ores il émouveroit le cœur plus endurci. 
161.
Soin : souci au sens fort.
162.
S’allenter : s’apaiser, se finir.
163.
A : Souhaiter le contraire Helas ! quelle raison ?
164.
A : Par ces yeux éplorez de larmes continuës, / Par les douleurs que j’ay mortelle soustenuës,
165.
B : D’un amour conjugal, et par cet enfant tien,
166.
B : Qu’il ne faut toujoûrs céder à sa colère,
167.
Là encore, toute la fin de la tirade de Volomnie et la réponse de Coriolan reprennent les mots de Plutarque : « En disant ces paroles elle se jetta elle-mesme, avec sa femme et ses enfans à ses pieds. Ce que Martius ne pouvant supporter, la releva tout aussi tost, en s’escriant O Mere, que m’as-tu fait fait ? Et en lui serrant estroitement la main droite : Ha, dit-il, Mere, tu as vaincu une victoire heureuse pour ton pays, mais bien malheureuse et mortelle pour ton fils : car je m’en revay vaincu par toy seule. » in Plutarque, op.cit, f.196 r.
168.
Serville : réduite en esclavage.
169.
Mauvais vouloir : méchanceté, désir de faire le mal.
170.
Les tenir en cervelle : les inquiéter.
171.
Herebique salle : salle de l’Érèbe, c’est-à-dire les Enfers.
172.
Coriolan se trouve à Antium. Il est difficile d’imaginer dans quel compartiment cette scène peut se dérouler. Il est probable qu’elle se joue dans l’espace vide, au centre de la scène.
173.
Larvalles figures : fantômes.
174.
A : « Lui offrir le passage et passer l’Acheron, »
175.
A et B : « Sur ce bord negliger errante et forcenée, »
176.
La syntaxe de ces six derniers vers est obscure. Le problème vient sans doute du pronom « il » du vers ?? : l’hypothèse la plus convaincante est de supposer que ce « il » désigne le peuple des Volsques. On peut gloser lourdement les six vers ainsi : Amfidie ne supporte plus de me voir préféré des Volsques alors que je suis coupable à leurs yeux d’un crime avéré, il ne supporte plus de voir que ma vaillance, cependant, freine et contient ce que les Volsques ont conçu de mal-veillant contre moi, il ne supporte plus de voir que les Volsques imputent mon offense à une piété et qu’ils sont plus prêts à la pardonner qu’à faire preuve de rigueur.
177.
B : Rasserene, coüard ores tes sens troublez,
178.
Cette scène se déroule dans le Sénat des Volsques. Il était probablement représenté au fond du plateau, dans le lointain.
179.
A et B : Je prens les Cieux témoins de la lampe du jour,
180.
B : (L’homme de bien aussi jamais ne la viole.)
181.
B : D’un grand cœur offensé mervilleuse allegeance :
182.
B : Forfait que dût la flâme avoir ja châtié,
183.
A : Comme du gué de tous j’ay la charge acceptée,
184.
A : Qui sçavent s’il leur fut dommageable et utille.
185.
B : Capable de courber (dessous la Renommée)
186.
Douter : ici au sens de craindre.
187.
B : A nostre armee enjoint une retraite infame ?
188.
Le chœur des Volsques se jette sur Coriolan pour l’assassiner. Coriolan appelle le Conseil des seigneurs à l’aide.
189.
Fleuve Acherontide : Achéron, fleuve des Enfers.
190.
A : Et qui voudra t’ensuivre effroyable exemplaire ? 
191.
Chancre : ulcère. Le cautère, pointe de fer rougie au feu, est le remède dont on se servait en cas d’ulcère.
192.
Recors : souvenir, mémoire. Le tombeau célèbrera la mémoire des vertus, et non des vices de Coriolan.
193.
La dernière scène se situe à Rome, dans la maison de Coriolan.
194.
B : Comme du vent la feuille, et le flot dés autans,
195.
A : Mon chef dresse d’horreur, et mon sang pris de crainte, B : Non chef dressé d’horreur, et mon sang pris de crainte,
196.
B : Je ne puis rien de bon pour mon fils augurer,
197.
Développé d’un banc : après avoir échappé à un banc de sable, délivré d’un banc de sable.
198.
A et B : De ce qui c’est obmis en sa charge passée,
199.
A : Sera (je le crains bien si elle ne l’a esté)
200.
Royaume de Dis : les Enfers, gouvernés par Pluton, assimilé à Dis, dieu des richesses.
201.
Filandières Sœurs : les Parques qui filent les destinées humaines.
202.
A : Qui soudain a sa troupe assassine apostée,
203.
A et B : D’audace, de fureur et d’ire le remplit,
204.
B : Au moins que je le visse, et qu’il me fût permis
205.
Stix : un des trois fleuves des Enfers. Il sépare le monde des vivants et le monde des morts. La mythologie grecque l’imagine comme un fleuve à neuf méandres.
206.
B : Qui n’espere appaiser de complaintes tes Mânes,
207.
Rives Stygianes : les rives du Styx.
208.
On peut ici imaginer que Volomnie se donne la mort. Il s’agit d’une fin traditionnelle dans la tragédie de l’époque. On trouve un suicide final à la fin d’Alcméon ou de Didon se sacrifiant, par exemple, ou encore à la fin du Dioclétien de Laudun d’Aigaliers.

Notes

1.
As Fabien Cavaillé points out, the absence of Coriolan's son from this list suggests that he was represented on stage by a doll – a device for concentrating and reducing the emotional essence of the supplication scene (Act Four, Scene Four) beyond what is found in Shakespeare, who, however, also gives Coriolanus a single son, not children, as in Plutarch. References to Shakespeare's play in the notes are based on William Shakespeare, Coriolanus, ed. R. Brian Parker, The Oxford Shakespeare (Oxford: Clarendon Press, 1994).
2.
“Plus content de me voir le chef environné / De l'arbre de Dodone aux Oracles donné”. The allusion is to the corona civica, composed of oak leaves, betowed for saving the life of a Roman citizen. The detail, with explanation, comes from Plutarch (“The Life of Caius Martius Coriolanus”, trans. Thomas North, Narrative and Dramatic Sources of Shakespeare, ed. Geoffrey Bullough, vol. 5: The Roman Plays: Julius Caesar, Antony and Cleopatra, Coriolanus [London: Routledge; New York: Columbia University Press, 1977], p. 507). The image, however, is enfolded into the rustling leaves of the oaks at Dodona, in which the voices of the gods were heard.
3.
The edition of Fabien Cavaillé retains the punctuation of the 1632 text, which is rhetorical rather than grammatical; the sense, however, is clear enough and fairly represented by the translation.
4.
“Que comme je le voy franc de la Calomnie”: the point of the reference to calumny, I take it, is to contrast his own dispassionate judgement with the unjust slander to which he is being subjected.
5.
In Plutarch's account Volumnia plays no part in trying to persuade Coriolanus to moderation, in contrast, of course, with Shakespeare's play (esp. in III.ii).
6.
I place in italics the lines signalled as aphoristic by a guillemet in the original.
7.
I eliminate the parentheses around this line in the early editions, which interfere with the sense for a modern reader.
8.
Here, as even in Coriolanus' own earlier use of “courage” (l. 90), it seems misguided to translate by English “courage”, which the hero hardly lacks. The sense is closer to “innermost being”; cf. Chaucer: “so priketh hem nature in hir courages” (Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales, The Riverside Chaucer, ed. Larry D. Benson, 3rd ed. [Boston: Houghton Mifflin, 1987]), Gen. Pro., l. 11). Volomnie does not wish for greater boldness on her son's part but, on the contrary, for greater depth and breadth of understanding.
9.
Hardy's condensed lines simplify the situation as presented by Plutarch and conflate two lots of grain; see Alexandre Hardy, Coriolan, ed. Terence Allott, Textes littéraires, 28 (Exeter: University of Exeter Press, 1978), n. to l. 169.
10.
This seems to be a case where Enyo, a Greek goddess of war, is conflated with Eris, goddess of discord.
11.
Quirinus: i.e., Romulus, who was posthumously endowed with this addition deriving from an ancient Sabine god, presumably of war.
12.
Clotho: the one of the three Fates (Parcae) who held the spindle on which the thread of life was wound.
13.
“De quitter ces ingrats plustost qu'ils n'ont besoin”: the translation preserves the elliptical phrasing of the original; no doubt, the sense intended is that he will leave them before they have to force him, although the conclusion of the line on “besoin” (“need”) may introduce a suggestion of their subsequent need for his services.
14.
The battle of the Hydaspes river (326 B.C.E.) marked the farthest extent of Alexander's advance into India. The Chorus is defining the most distant boundaries of the world as known to Romans.
15.
The reference is to the sons of Oedipus, Eteocles and Polynices, who were supposed to rule alternately in Thebes; instead, the former banished the latter, who instigated the bloody war known as the Seven against Thebes, in which the two brothers killed each other. Indirectly evoked is also the founding myth of Rome itself, which included the fratricide perpetrated by Romulus upon Remus.
16.
“Donnez-moy, qu'accablé de sa mesme ruine, / Nous delivrions de peur toute la gent Latine”: the original thus shifts, as in the translation, from singular to plural – somewhat confusingly, although the sense is clear enough. “We” is conceivably the “royal we” (“nous de majesté”), but Coriolan may rather be envisaging the forces he will lead.
17.
A not uncommon application to the political sphere of a principle from Aristotle's Physics. Cf. N. W. Bawcutt, ed., The Jew of Malta, by Christopher Marlowe, The Revels Plays (Manchester: Manchester University Press; Baltimore, MD: Johns Hopkins University Press, 1978), n. to I.i.131-32.
18.
The syntax of ll. 364-66 is doubtful. I prefer to take the initial "Comment" of l. 364 as a self-interruption parallel to “Tu t'abuses” in l. 371, hence as imparting a conventional “wavering” dynamic to the soliloquy: Coriolan is giving full weight to the possibility that Amphidie will give him a hostile reception. The soliloquy thus corresponds to the hero's pondering as recorded by Plutarch (Bullough, ed., pp. 526-27; cf. Shakespeare, IV.iv.12 ff.). Alternatively, however, “comment” may be understood as “because” (the solution preferred by Fabien Cavaillé), in which case the sentence would not end with l. 366 and the period there should be a comma. (The original punctuation is, as often, of limited use in determining the meaning.)
19.
The original has, by metonymy, “lares”, that is, the gods of the hearth and hospitality, so that the sense of the sacred in the following line is anticipated.
20.
I.e., the three Fates (Parcae).
21.
Titans: the Giants who rebelled against the Olympian gods.
22.
Because Remus mocked its height be leaping over it (see Oxford Classical Dictionary).
23.
Ixion, punished on the eternally rolling wheel, was the first man to murder one of his kin.
24.
That is, the fish, Amphitrite being the metonymic queen of the sea.
25.
“Que du monde regi fortune auroit la gloire”. My translation of this line preserves the ambiguity as to whether the glory of ruling the world is Fortune's or something she bestows; the following line seems to confirm the latter sense, but the gist is the same.
26.
Hardy's development of Amphidie into an envy-driven murderer thus begins with representing him as melancholic – a commonplace Renaissance association, not alien to Shakespeare's depiction of Aufidius.
27.
L. 430 effectively adds the effect of observation to the qualities merely inferred in l. 429.
28.
I name Rome to clarify the use of pronouns.
29.
“Deal with Acheron” (“flechir l'Acheron”): Hardy personifies the underworld river. The idea of suicide (as opposed to mere willingness to die) is added by Hardy to Plutarch and seems significant in view of the suicidal element in Shakespeare's character. See Richard Hillman, “Tragedy as a Crying Shame in Coriolanus and Alexandre Hardy's Coriolan: The ‘Boy of Tears’ and the Hardy Boys”, Coriolan de William Shakespeare: Langages, Interprétations, Politique(s), Actes du Colloque international organisé à l'Université François-Rabelais les 3-4 novembre 2006 sous les auspices de la Société Française Shakespeare, ed. Richard Hillman (Tours: Presses Universitaires François-Rabelais, 2007), pp. 187-90.
30.
“Sealed”: “siller” for “ciller” (cf. English “sill”): the term used in falconry for blinding birds by sewing shut their eyelids.
31.
The personal element and the festive ambiance are developed from a slight hint in Plutarch (“he feasted him for that time” [Bullough, ed., p. 528]) and are notably in keeping with the equivalent sequence in Coriolanus.
32.
The original uses the common poeticism “Hespérie” (“the Western land”) for Italy.
33.
The reference must be to Fortune, although the phrasing is elliptical.
34.
“A ceux qu'elle couvroit maintenant de son ombre”: “maintenant” here carries the Latinate sense of “recently”.
35.
The remora, according to Pliny the Elder, Natural History (book IX, chap. 41), whose power to arrest motion was also exploited in magical preparations.
36.
Agenor's son: Cadmus, founder of Thebes, whose soldiers, sprung from a dragon's teeth, destroyed each other, except for five men. It may be pertinent that those survivors formed the basis of the Theban aristocracy, but then also to the point would be the subsequent history of the city as a famous emblem of tragic self-destruction (notably in the war of Seven against Thebes and its aftermath). See above, n. 15.
37.
Ll. 603-4 contain what remains, in Hardy's rendering, of the Fable of the Belly recounted by Menenius Agrippa in Plutarch (Bullough, ed., p. 495) and Shakespeare (I.i.93 ff.).
38.
According to Plutarch (Bullough, ed., p. 531), this was Coriolanus' deliberate tactic for fomenting dissension between the classes in Rome, as the Senate will shrewdly grasp, and it succeeded in much the way dramatized by Hardy. Hardy's Coriolan – in contrast with Shakespeare's Coriolanus – is notably an all-round soldier who combines personal heroics with strategic shrewdness.
39.
“Nous en extirperons jusques à la racine”: the gist seems clear, but the grammar of the original remains puzzling.
40.
Cf. Plutarch, ed. Bullough, p. 535: “Wherefore, the time of peace expired, Martius being returned into the dominions of the Romaines againe with all his armie, they sent another ambassade unto him. . . . ”
41.
I supply the second verb for clarification, since the phrasing of the original is especially elliptical.
42.
The translation follows the original in switching to the more vivid present tense.
43.
Busiris, King of Egypt: an archetype of cruelty because he sacrificed strangers to Zeus; he was finally killed by Hercules.
44.
The perspective of the people is obviously distorted, but it is true that they would not be in this predicament had the death sentence been imposed. The repetition “pity”/“pitiful” imitates the original.
45.
Coriolan's crowing here combines a Hamlet-like sense of himself as heaven's “scourge and minister” (on the standard Renaissance model of the “scourge of God”) with a distinct touch of the hubris of such Senecan revengers as Thyestes. At the same time, l. 731 confirms that he is trying to overcome the mixed feelings that have caused him to pursue his campaign half-heartedly. From both perspectives, his downfall is anticipated.
46.
“Que la honteuse fin d'une paix viendra clore”. The phrase is somewhat elliptical, but the sense is confirmed by ll. 750-54; Coriolan had forbidden them to return for any other purpose than to accept his shameful conditions.
47.
The question mark in the original at this point signifies, according to contemporary practice, emphasis rather than interrogation.
48.
The blandness of this speech is clearly deliberate, and I imitate the effect of double-talk produced by the repetition of “accord” and the rhyme with “concord”.
49.
The Romans closed the door of this temple in time of peace, as happened very rarely.
50.
The negotiating game played here seems to depend on different inflections of “equality”: Coriolan envisages reducing the Romans to the level of the Volsces; the ambassadors pick up his term to argue that, unless the Romans are treated “equally”, that is, with a generosity beyond what their abject position justifies, Coriolan will do himself a disservice as a Roman.
51.
Fabien Cavaillé points to a parallel with the repudiation by Shakespeare's Coriolanus, equally unanticipated in Plutarch, of all patriotic feeling, coupled with a resolution to “stand / As if a man were author of himself / And knew no other kin” (V.iii.33-35).
52.
Taenarus: traditionally the site of the entrance to the underworld, of which Pluto is the prince; his name means “riches”, so he is “greedy” essentially by etymology.
53.
According to the traditional emblematic figure, Occasion has no hair behind, so cannot be seized after passing by.
54.
This followed the war between the Sabines and the Romans, who had forcibly carried off the Sabine women to become their wives.
55.
Plutarch speaks of Martius' children as accompanying the women (Bullough, ed., pp. 538-39). Martius here has one son, as in Shakespeare, though the reference to a cradle supports Fabien Cavaillé's supposition that a doll would have been used to represent an infant.
56.
Ll. 946-49, in the original, bear comparison with the attempt of Volumnia in Shakespeare to persuade Coriolanus to stoop to a deceptive strategem:
Sa prise ne nous doit balancer incertaine;
D'ouverte & vive force, ou du temps ménagers
Avec moins de hazard, de perte & de danger,
Moins prodigues de sang, & plus meurs de prudence [...]
(ll. 946-49 [Act Four, Scene Four])
Now this no more dishonours you at all
Than to take in a town with gentle words,
Which else would put you to your fortune and
The hazard of much blood.
(III.2.60-63)
57.
I translate freely here so as to convey the double sense of chopper in the context of the image: it means literally to run into obstacles, as a horse may do, but figuratively to blunder, as of human judgement.
58.
One might insert at this point the stage direction, "He rises and descends to greet them", on the basis of the account of Plutarch:
Nowe was Martius set then in his chayer of state, with all the honours of a generall, and when he had spied the women comming a farre of, he marveled what the mater ment: but afterwardes knowing his wife which came formest, he determined at the first to persist in his obstinate and inflexible rancker. But overcomen in the ende with naturall affection, and being altogether altered to see them: his harte would not serve him to tarie their comming to his chayer, but comming downe in hast, he went to meete them, and first he kissed his mother, and imbraced her a pretie while, then his wife and litle children. And nature so wrought with him, that the teares fell from his eyes, and he coulde not keepe him selfe from making much of them, but yeelded to the affection of his bloode, as if he had bene violently caried with the furie of a most swift running streame. (Bullough, ed., pp. 538-39)
Hardy's alterations here include having Coriolan first address his wife, a silent character; this makes it possible to concentrate attention quickly on the dramatic confrontation between mother and son.
59.
Plutarch has Martius' mother speak generally of “injuries”, but the dimension of ingratitude here as elsewhere is due to Hardy. Cf. Shakespeare, Cor. II.ii.30 (“ingrateful injury”) and IV.v.131 (“ungrateful Rome”).
60.
“Tu le peux, et le dois”: cf. Volumnia in Shakespeare, Cor. III.ii.99, “He must, and will”, where “must” and “will” are played on in the attempt to induce Coriolanus to humble himself in the market place – the key forerunner of the supplication scene.
61.
“Puis qu'à vostre depart l'avez remis ainsi”: the sense must be as translated, but the usage of “remis” appears strange.
62.
Erebus: Darkness, the son of Chaos; metonymic for the underworld.
63.
Ll. 1103-8 are obscure, as Fabien Cavaillé notes; I translate according to his proposed gloss.
64.
Amfidie's identification with Coriolan and ironic appropriation of his heroism are striking here.
65.
Cf. below, ll. 1303-6.
66.
Cf. Cor., V.vi.142-47:
First Lord
Bear from hence his body,
And mourn you for him. Let him be regarded
As the most noble corpse that ever herald
Did follow to his urn.
Second Lord
His own impatience
Takes from Aufidius a great part of blame.
Let's make the best of it.
67.
Alcides: i.e., Hercules.
68.
A traditional idea.
69.
As Fabien Cavaillé proposes, Volomnie's onstage suicide at this point would accord with Hardy's theatrical practice. Hardy was not alone: the English villain Talbot stabs himself in despair, for instance, in the fantastic dramatisation of Joan of Arc's story by Jean de Virey, sieur Du Gravier: Tragedie de Jeanne-d'Arques, dite la Pucelle d'Orléans, native du village d'Emprenne, pres Voucouleurs en Lorraine (Rouen: Raphaël du Petit Val, 1600).